Depuis le début des années 2010, l’aide publique belge au développement représente une des principales variables d’ajustement budgétaire du gouvernement belge. Après un premier plan de coupes budgétaires d’un montant estimé à 900 millions EUR sous le gouvernement Di Rupo, un deuxième plan d’économie a été décidé par le gouvernement Michel pour un montant cumulé de 1,125 milliard EUR – auquel se sont ajoutés, depuis le début de la législature, des coupes budgétaires additionnelles d’un montant cumulé de près de 450 millions EUR.

Alors que ces restrictions budgétaires ont déjà entraîné une baisse importante des moyens disponibles pour financer les programmes gouvernementaux et non-gouvernementaux, de nouvelles coupes sont prévues par le gouvernement Michel, qui avait prévu en début de législature une croissance linéaire de ces coupes budgétaires, allant de 150 millions EUR en 2015 à 290 millions EUR en 2019. De telles réductions budgétaires mettent en péril les capacités de la Coopération belge de répondre efficacement aux enjeux du développement durable.

Si l’aide publique au développement n’est pas la panacée, elle a néanmoins démontré son efficacité pour soutenir le développement économique et social dans les pays pauvres. L’étude d’impact réalisée par les chercheurs de l’Université des Nations Unies sur la période 1970-2007 démontre qu’un flux moyen annuel de 25 dollars d’aide par habitant a permis de réduire la pauvreté de 6,5% et d’accroître les investissements de 1,5%, le taux de croissance du PIB de 0,5%, l’espérance de vie de 1,3 ans et le taux moyen de scolarisation de 0,4 an dans les pays en développement bénéficiaires.

L’aide au développement représente un instrument unique pour intervenir dans des contextes risqués. La reconstruction des Etats fragiles ou post-conflits, le financement de l’adaptation au changement climatique, l’éradication des grandes pandémies ou le renforcement des capacités de recherche et de formation représentent des enjeux majeurs auxquels l’aide au développement peut contribuer. En ce sens, elle dispose de nombreux atouts pour contribuer à l’éradication de l’extrême pauvreté et des inégalités, à la résolution des enjeux environnementaux planétaires et, plus généralement, à la réalisation de l’agenda 2030 des Nations Unies en faveur des Objectifs de développement durable.

Tous les principaux enjeux mondiaux du 21e siècle – du changement climatique à la pauvreté et aux inégalités, en passant par les migrations, les pandémies, la souveraineté alimentaire et le terrorisme global – sont liés au développement et nécessitent de renforcer la coopération internationale. Face aux tentations de replis identitaires, la coopération au développement contribue à promouvoir la solidarité et la stabilité internationale dans un monde de plus en plus interdépendant. En ce sens, elle n’est pas seulement allouée dans l’intérêt des pays pauvres, mais aussi dans celui des pays donateurs. Facteur de stabilité et de paix, l’aide au développement contribue à enrayer les « effets boomerang » engendrés par la pauvreté et les conflits dans le voisinage des pays développés.

La mobilisation de 0,7% du revenu national brut en aide au développement est un engagement de longue date des pays donateurs. Il en va dès lors de la crédibilité internationale de la Belgique. Cet engagement ne représente en rien un objectif budgétaire inatteignable. Au contraire, l’aide au développement est un placement préventif qui rapporte. Le revenu national brut de la Belgique s’élevait à 423 milliards EUR en 2016 – soit l’équivalent de 103 EUR par jour et par habitant. Respecter l’engagement des 0,7% du RNB en aide au développement ne coûterait que 70 centimes par jour et par habitant. 
C’est pourquoi nous demandons au gouvernement belge de mettre un terme aux coupes opérées dans le budget de la coopération au développement et, au contraire, d’adopter un plan de croissance de l’aide belge au développement menant à l’objectif de 0,7% du RNB.

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