La réforme du chômage, en limitant la durée des allocations, fragilise directement des milliers d’aidants proches. Jusqu’en 2025, leur réalité spécifique pouvait être prise en compte lors des contrôles périodiques, leur permettant de bénéficier d’une allocation de chômage. Ce système, certes imparfait et précaire, offrait néanmoins une forme de sécurité matérielle minimale à des personnes confrontées à des situations humaines et sociales particulièrement lourdes.
Le nouveau cadre ignore largement cette réalité. Le dispositif existant de l’ONEM, qui prévoit une dispense de recherche d’emploi pouvant aller jusqu’à 48 mois, ne constitue pas une réponse suffisante. Il ne compense pas la perte financière induite par la réforme et ne propose aucune solution structurelle et pérenne pour garantir la sécurité matérielle des aidants proches confrontés aux situations les plus exigeantes.
Ces derniers mois, de nombreuses organisations de la société civile et associations ont tiré la sonnette d’alarme. Plusieurs partis de la majorité fédérale ont désormais reconnu la problématique et évoqué des mesures correctrices. Des propositions de résolution ont été déposées au Parlement, tant par la majorité que par l’opposition. Une proposition de loi a aussi été introduite par l’opposition, mais son caractère urgent n’a pas été reconnu. Pendant ce temps, les aidants proches restent dans l’incertitude.
Un public essentiel mais fragilisé
Les aidants proches constituent un maillon indispensable du système de soins et de soutien. Ils sont souvent fragilisés sur les plans physique, mental et financier. L’aide informelle qu’ils apportent ne se substitue pas à l’aide professionnelle : elle la complète et en conditionne souvent l’efficacité, notamment pour le maintien à domicile.
Selon plusieurs études, entre 13 % et 24 % de la population belge serait aidant proche, plaçant la Belgique parmi les pays européens comptant le plus grand nombre d’aidants. Au 1er septembre 2025, 30.182 personnes disposaient d’une reconnaissance officielle comme aidant proche, dont 6.838 avec des droits sociaux associés. La valeur économique des soins informels a été estimée à 22,27 milliards d’euros par an (estimation 2017), illustrant l’importance sociétale et budgétaire de leur engagement.
La position des Mutualités Libres
Les Mutualités Libres estiment indispensable que la majorité fédérale valide dans les plus brefs délais un dispositif transitoire permettant aux aidants proches qui perçoivent une indemnité de continuer à la recevoir sans limitation de durée, jusqu’à la mise en place d’un véritable régime fédéral pour aidants proches.
La reconnaissance fédérale actuelle est trop restrictive et ne reflète pas l’ampleur du rôle joué par les aidants proches. Une réforme ambitieuse du statut est nécessaire, allant au-delà des droits sociaux actuellement ouverts, avec a minima :
- une simplification des critères médicaux de reconnaissance
- une révision des conditions d’accès aux droits sociaux, notamment dans les situations de soins palliatifs
- l’activation et l’élargissement des droits existants
- la possibilité de fractionner les congés en jours et/ou en heures
- la prise en compte du temps consacré à l’aidance dans l’assimilation pour le droit à la pension.
Cette réforme doit impérativement être menée en concertation avec les représentants des patients et des aidants proches, notamment l’ASBL Aidants Proches, ainsi qu’avec les mutualités.
Par ailleurs, il est essentiel de soutenir aussi les aidants proches qui exercent une activité professionnelle, afin d’éviter qu’ils ne quittent durablement le marché du travail et ne basculent, à leur tour, dans la précarité. Les dispositifs existants, comme le crédit-temps temporaire pour l’aide à un proche, restent insuffisants dans leur forme actuelle. Une plus grande flexibilité de l’organisation du travail, avec l’implication des employeurs, est indispensable.
Un engagement de longue date des mutualités
À leur niveau, les Mutualités Libres (dont Partenamut) soutiennent déjà les aidants proches à travers de nombreux services, actions de prévention, accompagnements spécifiques et initiatives de recherche, notamment via le financement d’une chaire universitaire. Cet engagement témoigne de notre volonté de contribuer activement à des solutions durables.
Les Mutualités Libres appellent aujourd’hui le Gouvernement à transformer les intentions annoncées en mesures concrètes, rapides et structurelles. Reconnaître pleinement les aidants proches, c’est préserver un pilier essentiel de notre système de soins et de solidarité.