Cet accord, obtenu au forceps en quelques jours après une période exceptionnellement longue d’incertitude institutionnelle, ne peut occulter les conséquences de cette paralysie :
- Pour les acteurs du secteur santé-social, ces 600 jours ont généré une insécurité budgétaire réelle dans la poursuite de leurs missions.
- Pour les citoyens, cela s’est traduit par des difficultés croissantes dans l’accès à certains dispositifs de soins.
- Pour beaucoup, la situation a nourri une crise de confiance profonde envers le monde politique et institutionnel.
Il n’y a donc pas lieu de triompher. L’urgence est désormais à l’action concrète.
Si la trajectoire budgétaire annoncée est plus qu’ambitieuse, les Bruxellois attendent des décisions qui :
- améliorent réellement l'accès aux soins
- renforcent la prévention
- réduisent les inégalités de santé particulièrement marquées dans la capitale.
Une page dédiée à la santé
Gouvernance bruxelloise : une réforme toujours attendue
Parmi les points d’attention absents de l’accord figure la nécessité d'une réforme de la gouvernance intra bruxelloise en associant à la réflexion les acteurs de la gestion paritaire et de terrain.
Concrètement, la centralisation de compétences, telles que la santé mentale ou d’aide à domicile, au sein d'une seule administration permettrait de gagner en cohérence et en efficacité.
Prévention et promotion de la santé : des leviers à réactiver
Les leviers régionaux en matière de santé doivent être réactivés sans délai, et singulièrement en matière de prévention. Nous pensons notamment aux dépistages organisés des cancers et aux campagnes de promotion de la santé, avec une attention particulière aux publics vulnérables.
Si le Plan social santé est mentionné, l’accord ne fixe ni méthodologie pour la construction d’objectifs de santé ni ambitions en matière de programmation. Cela limite la lisibilité et le pilotage des politiques paritaires à moyen terme.
Environnement, aidants proches et santé mentale : des signaux positifs
Nous accueillons favorablement le maintien des principes de la zone basse émission (LEZ) au vu de son impact positif sur la qualité de l’air et de ses effets mesurables sur la santé, en particulier dans les quartiers les plus défavorisés. Nous nous interrogeons toutefois sur certaines modalités d’assouplissement, comme le maintien de la circulation de véhicules plus polluants, via des passes annuelles.
Nous saluons aussi l’attention portée aux aidants proches, pilier essentiel de notre système de santé ainsi que le développement d’alternatives aux maisons de repos et le soutien au maintien à domicile.
Enfin, l’attention accordée à la santé mentale et au retour au travail des personnes en incapacité de longue durée mérite d’être soulignée.
Priorités attendues pour la politique de santé bruxelloise
Les Mutualités Libres attendent désormais une feuille de route claire et budgétée en matière de santé :
- Que fait-on de la norme de croissance ?
- Quels moyens seront consacrés à la prévention ?
- Quelle stratégie pour améliorer l’accès aux soins de première ligne ?
- Comment renforcer la coordination intra-bruxelloise ?
- Et entre le niveau régional et le niveau fédéral ?
- Quelle place sera laissée à l’innovation et à la digitalisation ?
Transformer l’accord en réformes concrètes
Nous avons collectivement perdu beaucoup de temps. Cet accord tardif permet enfin à la Région de Bruxelles-Capitale de disposer d’un gouvernement et d’un budget de plein exercice, condition indispensable pour engager de véritables réformes. Encore faut-il maintenant transformer cette opportunité en décisions concrètes, structurantes et concertées sur le temps qu’il reste sous cette législature.
Les Mutualités Libres sont prêtes à poursuivre leur rôle d’acteur et de cogestionnaire du système de santé à Bruxelles, en veillant à ce que les politiques mises en place répondent aux réalités du terrain et aux besoins des citoyens.