Une consommation chronique d'opioïdes qui s'inscrit dans la durée
L’étude montre que l’utilisation d’opioïdes n’est, dans de nombreux cas, pas temporaire. Un patient chronique sur deux en 2023 l’était déjà cinq ans plus tôt. Et 95 % des patients identifiés comme utilisateurs chroniques en 2018 et en 2023 ont consommé des opioïdes au cours de chaque année intermédiaire.
La douleur chronique est une problématique complexe qui nécessite une approche allant au-delà de la seule prise médicamenteuse.
En élaborant dès le départ un plan thérapeutique structuré et en optant pour une approche multimodale, combinant traitements pharmacologiques, activité physique, soutien psychologique et accompagnement, il est possible d'améliorer la qualité de vie des patients et de réduire le risque d’un usage prolongé d’opioïdes.
Claire Huyghebaert, pharmacienne-experte aux Mutualités Libres.
Quels publics sont les plus exposés aux opioïdes ?
Certaines catégories de population présentent un risque accru d’usage prolongé :
- Les femmes sont nettement plus exposées : en 2023, 2,02 % utilisaient des opioïdes de manière chronique, contre 1,13 % des hommes.
- Les personnes socialement défavorisées utilisent des opioïdes plus souvent de façon chronique : en 2023, 4,29 % des bénéficiaires d’une intervention majorée consommaient des opioïdes de façon chronique, contre 1,20 % des assurés sans intervention majorée.
- Les personnes âgées utilisent aussi plus souvent les opioïdes de façon chronique : 5,7 % chez les 80+, contre 3,3% chez les 65-79 ans et 1,7% chez les 40-64 ans.
À noter également : d’importantes disparités régionales apparaissent. Bruxelles enregistre la baisse la plus nette du recours chronique aux opioïdes (-20 %), devant la Wallonie (-16 %) et la Flandre (-10 %). La capitale affiche aussi la prévalence la plus faible d’utilisation chronique, tandis que la Wallonie a la plus élevée.
Prescription d’opioïdes : un rôle central du médecin généraliste
Dans la majorité des cas, les prescriptions d’opioïdes sont réalisées par les médecins généralistes . Par ailleurs, plus de la moitié des utilisateurs chroniques n’avaient reçu aucune prescription émanant d’un spécialiste dans les 24 mois précédant leur premier remboursement d’opioïdes en 2023.
Lors de douleurs chroniques, une approche personnalisée combinant plusieurs types d'interventions est recommandée, mais n'est pas toujours évidente à mettre en pratique. Renforcer les connaissances sur la douleur chronique et améliorer l’accessibilité des alternatives peuvent améliorer la prise en charge.
Claire Huyghebaert, pharmacienne-experte aux Mutualités Libres
Douleur chronique : plan d’action et approche multimodale
Les Mutualités Libres plaident pour :
- Le développement et l’implémentation d‘un plan d’action national sur les opioïdes, intégrant l’usage rationnel, la réduction de l’utilisation inadéquates et une gestion appropriée de la prescription (notamment pour les durées et quantités)
- Une prise en charge multimodale et multidisciplinaire de la douleur chronique accordant une place aux approches non médicamenteuses et tenant compte du contexte du patient.
- En cas de prescription d’opioïdes, l’établissement d’un plan de traitement clair définissant la durée, les objectifs thérapeutiques individuels, les attentes et la stratégie du traitement, en concertation avec le patient.
- Lorsque nécessaire, une orientation ciblée vers un spécialiste ou un centre de la douleur.