C’est la maxime habituelle en période de crise, celle qui témoigne d’une prise de conscience et d’une volonté de réinventer l’après. "Il faut sortir de la crise par le haut" entonne-t-on en cœur dans les différentes composantes de notre société. Bien qu’on ne puisse que se réjouir de cette quête collective d’un nouveau monde - que nous espérons tous meilleur -, l’enfer reste malgré tout toujours pavé de bonnes intentions. Le chemin vers un "monde d’après" plus vertueux est semé d’embûches et est loin d’être une évidence. Il suffit de jeter un coup d’œil sur les crises précédentes, à commencer par celle de 2008, pour voir que le naturel a tendance à prendre l’ascendant sur les belles intentions qui animent la réinvention de notre société. Les crises peuvent certes servir de catalyseur, mais tout changement requiert de l’énergie, de la pédagogie, de la méthode et une bonne dose de capacité mobilisatrice autour d’un projet commun.

"A raison, nous pointons du doigt la classe politique qui donne en continu le spectacle désolant de se préoccuper plus de ses propres intérêts que de ceux du citoyen".

Vu sous cet angle, notre enthousiasme est tout de suite mis à rude épreuve. Nul ne doute que notre société regorge d’énergie. Encore faut-il qu’elle soit utilisée à bon escient. En matière de pédagogie, nous avons certainement beaucoup d’efforts à faire pour que chacun ait une bonne compréhension des enjeux et comprenne les décisions prises. A raison, nous pointons du doigt la classe politique qui donne en continu le spectacle désolant de se préoccuper plus de ses propres intérêts que de ceux du citoyen. Mais nous pouvons également nous interroger sur le rôle de la presse, dont une partie semble plus absorbée par la recherche de la polémique que de l’information objective et de qualité. La méthode reste un chantier en soi, dans un contexte où l’émotion et le populisme prennent la place de la raison dans les politiques publiques. Reste le projet commun mobilisateur…  

"Il est important d’investir dans une médecine de proximité, au chevet du patient avec du personnel de soins reconnu et valorisé".

A la réflexion, "le monde d’après" ne devrait-il pas s’inspirer du "monde d’avant" ? L’idée n’est bien entendu pas de revenir à l’âge de la pierre et aux remèdes de grands-mères, mais bien de revenir aux fondamentaux et de se poser la question du progrès. Un progrès par ailleurs largement déifié par les évolutions scientifiques et l’innovation technologique. Alors que la crise que nous traversons démontre ô combien il est surtout important d’investir dans une médecine de proximité, au chevet du patient avec du personnel de soins reconnu et valorisé, elle illustre également de manière limpide que nous devons intervenir dans les problèmes avant qu’ils ne surviennent, et donc entre autres investir massivement dans la prévention des maladies - transmissibles ou non - plutôt que de gérer les dégâts qu’elles provoquent. Enfin, cette période démontre notre besoin absolu de lien social auquel aucune technologie ne peut se substituer. Et si cela constituait une première ébauche de projet commun mobilisateur ?

Xavier Brenez