Le coronavirus n'est pas encore derrière nous que nous arrivent déjà les évaluations des mesures prises pour endiguer le virus en Belgique et dans d'autres pays. Quelles leçons l'Europe tire-elle de cette crise? La Commission européenne a complètement raté son démarrage, mais s'est ensuite reprise avec une multitude d'initiatives. Les systèmes de soins de santé européens résisteront-ils mieux à l'avenir? Via le Semestre européen, quelques devoirs ont d'ores et déjà été donnés à la Belgique.

L'Union européenne a mal géré le début de la pandémie en Europe. Les Etats membres se sont repliés sur eux-mêmes, abandonnant l'Italie à son triste sort pendant un temps. Soudainement, la solidarité européenne était devenue un concept creux. Selon un récent baromètre européen, 6 personnes sur 10 se disent déçues par le manque de solidarité entre États membres. La présidente de la Commission, Von der Leyen, a même présenté ses excuses à l'Italie en avril. L'Europe redescend sur terre, enfin consciente de la faiblesse de sa politique en matière de soins de santé.

Principalement au début de la crise, ce sont les directives communes et les recommandations qui ont manqué. Les États membres ont du faire cavalier seul quant aux mesures préventives à prendre. Par ailleurs, la crise a révélé à quel point l'UE était dépendante de l'étranger pour la production de certains produits (masques, matériel de protection, etc.) et de matières premières. De même, l'entraide instaurée il y a des années entre les zones frontalières s'est brutalement éteinte avec la fermeture des frontières, là où une poursuite de la collaboration aurait été bénéfique.

Mesures d'urgence

A la mi-mars, les premières mesures d'urgence ont été prises. Grâce à la Coronavirus Response Investment Initiative, un premier budget de 37 milliards d'euros a été alloué pour lutter contre les conséquences de la crise du coronavirus. Le Fonds de solidarité de l'Union européenne ne s'appliquait désormais plus uniquement aux catastrophes naturelles, mais aussi aux situations de crise comme le Covid-19. La limitation de déplacement a été instaurée, tant au niveau de l'UE que vers les pays tiers, accompagnée d'une procédure commune d'allocation de moyens individuels de protection.

En toute hâte, un panel de discussion autour du Covid-19 a également été mis sur pied, composé d'épidémiologistes et de virologues venus des quatre coins de l'UE pour édicter des directives européennes en matière de gestion coordonnée et scientifiquement étayée des risques. Ce panel a joué un rôle crucial dans le développement de la Feuille de route européenne commune pour la levée des mesures visant à contenir la propagation du coronavirus, publiée en avril dans le but d'aider les États membres à coordonner collégialement leur sortie de crise. A l'approche de l'été, le site Re-open EU a également vu le jour, de sorte que les touristes européens connaissent les réglementations appliquées dans les autres États membres.

EU4Health

Des milliards ont été dépensés ces derniers mois, aux côtés d'autres mesures financières d'urgence, dont le récent plan de relance et son Next Generation EU (750 milliards d'euros), dont l'importance concerne tout particulièrement les soins de santé.

Avec le projet EU4Health, le budget européen consacré à la santé s'est vu drastiquement augmenter, pour atteindre 9,4 milliards d'euros. Vingt fois plus que le budget prévu pour la période 2021-2027. De quoi rassurer quant à la volonté de l'Europe d'investir dans la santé et le renforcement des précautions en cas de crise. La collaboration entre les états sera désormais davantage encouragée, entre autre par la création d'équipes d'urgence européennes, par des réserves suffisantes de matériel de protection et une coordination des capacités des urgences. Beaucoup ne se sont pas montrés à la hauteur des ambitions. Septante pour cent des Européens estiment que l'Europe doit disposer de plus de compétences face à une crise sanitaire comme celle du Covid-19.

La Belgique pourra elle aussi bénéficier du budget européen alloué à la santé, mais sous certaines conditions. Ainsi, elle devra tout d'abord travailler sur la faiblesse de ses soins de santé, pointé du doigt par la Commission européenne.

Semestre européen

Chaque année, la Commission européenne scrute les politiques de ses États membres et formule des recommandations. Cette méthode, appelée le Semestre européen, s'est essentiellement concentrée sur le coronavirus cette année. L'occasion également d'évaluer la réponse des soins de santé belges au coronavirus : " Le système belge est performant en matière de soins intensifs dans les hôpitaux. Toutefois, la pandémie de Covid-19 a mis en évidence un certain nombre de lacunes affectant la résilience du système de santé lorsqu'il est confronté à une crise grave de santé publique. "

Ces lacunes concernent le manque de professionnels de santé, de matériel de protection et de produits médicaux, ainsi qu'une coordination faillible entre les différents niveaux de pouvoir. L'Europe s'est également étonnée de l'impact du morcellement des compétences des soins de santé en Belgique. Le gouvernement fédéral suivant ferait mieux d'ajouter la recommandation européen suivante à sa to-do list : " améliorer la résilience générale du système de santé et veiller à un approvisionnement suffisant en produits médicaux critiques. "

Médicaments et vaccins

En juin, la Commission européenne a présenté sa nouvelle stratégie pharmaceutique, qui doit permettre un accès plus aisé aux nouveaux médicaments, et ce à un prix abordable. La pénurie de médicaments doit être évitée. La recherche doit davantage répondre aux besoins de santé publique et il faut résoudre le problème de la surdépendance de l'UE aux états tiers au niveau des matières premières. Avec cette stratégie, l'UE entend également lutter contre les risques identifiés au cours de la crise actuelle. Une consultation publique sur ces propositions se tient actuellement jusqu'au 15 septembre 2020.

Par ailleurs, la Commission européenne a également mis en place une procédure pour faciliter la production d'un vaccin contre le coronavirus et assurer sa mise en circulation dans les 12 à 18 mois, et non plus en 10 ans, comme c'était habituellement le cas. Il faudra aussi veiller à garder de bonnes capacités de production et un approvisionnement suffisant en matières premières. Une plus grande indépendance vis-à-vis des pays hors UE est ici également visée. La stratégie devrait permettre que chaque État membre puisse rapidement bénéficier d'un vaccin financièrement accessible.

L'UE est-elle armée contre une deuxième vague? Ce qui est sûr, c'est qu'elle a tiré rapidement les leçons de cette crise et a formulé des propositions pour adoucir la violence d'une deuxième pandémie. Les différents soins de santé européens se montreront-ils assez costauds? Cela ne dépendra pas uniquement de la Commission européenne, mais aussi des États membres, qui devront s'acquitter de leurs devoirs respectifs. La Belgique a elle aussi son lot de noeuds domestiques à dénouer. La résistance de l'UE à la pandémie reste quoi qu'il en soit à l'agenda de la présidence allemande de l'UE dans les prochains mois.

Christian Horemans, expert Affaires internationales au sein de l'Union nationale des Mutualités Libres