Une inflexion portée par les absences de moyenne durée
Selon les données publiées par Securex en avril 2026, le taux d’absentéisme global s’établit à 8,09 % en 2025, contre 8,49 % en 2024. Il s’agit de la première baisse significative observée depuis 25 ans.
La diminution est particulièrement marquée pour l'absentéisme de moyenne durée (1 mois à 1 an), en recul de 11 % en un an (de 2,58 % à 2,30 %).
Les absences de courte durée suivent également une tendance à la baisse, tandis que l’absentéisme de longue durée (plus d’un an) reste à un niveau élevé. Ce chiffre rappelle que les réformes récentes n'ont pas encore produit d'effet sur les situations les plus lourdes, et que le suivi post-reprise reste un enjeu central pour éviter les rechutes et les glissements vers l'invalidité.
La prise en charge comme levier
Depuis 2024, et de manière pleinement effective en 2025, une réforme de la politique de convocation a modifié en profondeur la façon dont les travailleurs en incapacité de travail sont suivis. Concrètement, le médecin-conseil ou le paramédical et le coordinateur de retour au travail contactent désormais les assurés plus tôt et plus fréquemment : avant la fin du quatrième mois d'absence, puis au cours des septième et onzième mois, afin d'explorer avec eux les possibilités d'une réintégration adaptée.
Depuis la mise en place de la nouvelle politique de convocation, les assurés sont orientés plus rapidement vers le médecin-conseil ou le paramédical. Cela accélère la prise en charge et peut potentiellement contribuer à la baisse des périodes de maladie de moyenne durée. Nous espérons toutefois que cette tendance se confirmera à l’avenir et qu’elle aura également un effet positif sur les cas de maladie de longue durée.
Gianinna Ng, Médecin-Directeur aux Mutualités Libres
Pour les prestataires de soins, cette évolution renforce leur rôle dans un continuum d’accompagnement, où la coordination et la réactivité deviennent déterminantes.
Des réalités différentes selon les profils de patients
L’analyse met aussi en évidence des différences marquées selon le statut professionnel.
La baisse de l’absentéisme est plus prononcée chez les ouvriers que chez les employés. Une des explications avancées tient à la nature des pathologies :
- les troubles physiques, plus fréquents chez les ouvriers, présentent souvent des trajectoires de récupération plus prévisibles.
- les troubles psychosociaux, plus présents chez les employés (burn-out, stress), impliquent des processus de rétablissement plus complexes et plus longs.
Ce constat invite à adapter les stratégies de prise en charge et de réintégration, en tenant compte de la dimension multifactorielle de l’incapacité de travail.
Le défi du long terme : éviter les rechutes
Si la tendance observée est encourageante, elle reste fragile. Le maintien dans l’emploi après une reprise constitue un enjeu majeur.
Une réintégration trop rapide ou insuffisamment accompagnée peut entraîner des rechutes et, à terme, une bascule vers une incapacité de longue durée. Dans cette perspective, le suivi post-reprise apparaît comme un levier essentiel, au même titre que les actions de prévention et de promotion du bien-être au travail.
Quel rôle pour les acteurs de santé ?
Ces évolutions confirment l’importance d’une approche intégrée de l’incapacité de travail, impliquant :
- une détection précoce des situations à risque
- une coordination étroite entre médecins, paramédicaux et médecins-conseils
- un accompagnement individualisé, tenant compte du contexte professionnel et psychosocial
Pour les prestataires de soins, il s’agit non seulement de soutenir le rétablissement clinique, mais aussi d’intégrer la dimension de retour au travail dans la prise en charge globale du patient.