Ces résultats mettent en lumière l’impact du contexte familial sur la santé mentale et soulignent les inégalités persistantes dans la répartition des responsabilités familiales. Face à ce constat, les Mutualités Libres plaident pour une répartition plus équilibrée des tâches familiales et du travail rémunéré entre les parents.
Vie professionnelle et vie familiale : un équilibre encore inégal
Le marché du travail belge reste marqué par d’importantes disparités entre les femmes et les hommes. Les femmes travaillent davantage à temps partiel : quatre travailleurs à temps partiel sur cinq sont des femmes. Elles interrompent également plus souvent leur carrière pour des raisons familiales.
Selon une étude sur l’emploi du temps, les femmes consacrent en moyenne 15 heures de plus par semaine que les pères aux tâches ménagères et familiales.
La littérature scientifique confirme que la parentalité constitue un facteur majeur d’inégalités professionnelles. Une étude récente de Fontenay et Tojerow a calculé pour la première fois la "child penalty" dans le contexte belge. Les résultats montrent que jusqu’à huit ans après la naissance du premier enfant, les mères présentent un risque d’incapacité de travail 40 % plus élevé que les pères, alors que ce risque est similaire avant la naissance.
Les interruptions de carrière et congés thématiques facilitent la conciliation entre vie professionnelle et familiale, mais pèsent souvent davantage sur la carrière des femmes. Le congé de naissance peut aider à rétablir cet équilibre, mais reste sous-utilisé car trop souvent perçu comme un manque d’engagement au travail. Ainsi, ce sont surtout les femmes qui y ont recours, ce qui renforce les stéréotypes de genre.
Thomas Otte, expert aux Mutualités Libres
Le nombre de jeunes enfants accroît les écarts
Les données analysées par les Mutualités Libres mettent en évidence une différence importante et structurelle entre les mères et les pères en matière d’incapacité de travail liée à des troubles psychosociaux.
Les mères vivant en couple ont 2,27 fois plus de risques que les pères d’entrer en incapacité de travail pour des troubles de santé mentale. Chez les parents isolés, l’écart est encore plus marqué : les mères présentent un risque 2,67 fois plus élevé que les pères.
L’étude montre également que la présence de jeunes enfants au sein du ménage influence fortement le risque observé chez les mères. Plus le nombre d’enfants de moins de 7 ans est élevé, plus le risque d’incapacité de travail augmente.
Chez les pères, cet effet n’est pas observé. Ni le nombre d’enfants, ni une nouvelle naissance, ni le temps écoulé depuis la naissance ne semblent avoir d’impact significatif sur le risque d’incapacité de travail liée à destroubles psychosociaux.
Les résultats détaillés montrent que :
- sans jeune enfant, le risque est 2,21 fois plus élevé pour les mères que pour les pères
- avec un jeune enfant, il est 2,37 fois plus élevé
- avec deux jeunes enfants, il est 2,47 fois plus élevé
- avec trois jeunes enfants ou plus, il atteint 2,99 fois le risque observé chez les pères.
Réduire les inégalités pour préserver la santé mentale
Pour les Mutualités Libres, ces résultats soulignent la nécessité d’agir sur les causes structurelles qui alimentent les inégalités entre les femmes et les hommes et qui pèsent sur la santé mentale des parents.
L’organisation formule cinq recommandations prioritaires :
- utiliser le crédit familial comme levier d’égalité de genre, avec une attention particulière aux parents isolés.
- normaliser et encourager le recours au congé de naissance, en développant une culture de travail qui permette sa prise sans culpabilité ni conséquences négatives sur la carrière.
- garantir aux parents isolés un accès à un congé parental équivalent à celui des familles biparentales
- simplifier et harmoniser les différents régimes de congé entre statuts professionnels.
- offrir davantage de flexibilité dans la prise du congé parental, notamment pour les travailleurs à temps partiel.
- investir dans un accueil de la petite enfance abordable, de qualité et flexible.
- soutenir la recherche de solutions concrètes et fondées sur les données probantes afin de réduire les inégalités liées à la parentalité.
Sans mesures structurelles, la conciliation entre vie professionnelle et familiale risque de devenir intenable pour de nombreuses mères. Un partage équilibré des responsabilités familiales est essentiel. Non seulement pour l’égalité des genres, mais aussi pour la santé mentale des parents qui travaillent.
Thomas Otte