Une vulnérabilité mentale accrue
Les chiffres, en Belgique comme à l'international, montrent une dégradation du bien-être mental des jeunes. Les troubles du sommeil, l'irritabilité, la tristesse ou le sentiment de solitude sont de plus en plus fréquents.
Entre 2019 et 2023, l'usage d'antidépresseurs chez les 12-18 ans a augmenté de 43,6 %. Le nombre de jeunes en arrêt de travail pour troubles mentaux, tels que burn-out et dépression, progresse aussi d'année en année.
Les réseaux sociaux ne sont pas les seuls responsables de cette évolution, mais de plus en plus d'études soulignent un lien entre un usage intensif ou problématique et un risque accru d'anxiété, de symptômes dépressifs, de troubles du sommeil ou d'image négative de soi.
Selon une étude internationale de l'OMS, environ un jeune sur dix présente un usage problématique des réseaux sociaux, c'est-à-dire qu'il peine à contrôler son utilisation ou en subit des conséquences négatives sur sa scolarité ou ses relations sociales. Près d'un jeune sur trois (32 %) est considéré comme un utilisateur intensif, connecté tout au long de la journée, sans pour autant présenter un usage problématique.
Des réseaux sociaux pas forcément néfastes
Les réseaux sociaux occupent aujourd'hui une place importante dans la vie des jeunes. Ils permettent de garder le contact avec ses amis, de s'exprimer de façon créative ou encore de trouver du soutien auprès de personnes qui partagent les mêmes intérêts.
Plusieurs études montrent même qu'une utilisation active et réfléchie, comme communiquer avec des amis ou participer à des groupes de soutien en ligne, peut avoir un effet positif sur le bien-être des jeunes.
Le débat autour des réseaux sociaux n'est pas noir ou blanc. Tous les réseaux, toutes les fonctionnalités et tous les utilisateurs ne présentent pas le même niveau de risque. Il faut donc regarder au-delà du seul temps d'écran
Thomas Otte, expert aux Mutualités Libres
Conçus pour créer une dépendance
Les Mutualités Libres attirent surtout l'attention sur la manière dont certaines plateformes sont conçues. Algorithmes de recommandation, défilement infini, notifications push, contenus éphémères ou encore systèmes de récompense comme les streaks : tout est pensé pour retenir l'utilisateur le plus longtemps possible et l'inciter à revenir.
Même les adultes peinent à résister à ces algorithmes. Or, leur influence sur un cerveau en plein développement est d'autant plus forte. Les jeunes qui présentent déjà une fragilité psychologique et les jeunes filles semblent particulièrement exposés à leurs effets négatifs.
Au-delà du contrôle parental
Dans plusieurs pays, le débat politique se concentre de plus en plus sur l'âge minimum d'accès aux réseaux sociaux, avec une responsabilité qui repose surtout sur les jeunes et leurs parents. Pour les Mutualités Libres, cette approche est insuffisante. Les parents et les jeunes ne peuvent pas assumer seuls cette responsabilité.
On attend aujourd'hui des parents qu'ils se battent seuls contre des entreprises technologiques qui investissent des millions pour retenir l'attention. Ce n'est pas réaliste. Il faut établir, en collaboration avec les pouvoirs publics et les concepteurs de plateformes, un cadre éthique clair afin que les jeunes puissent naviguer en toute sécurité sur les réseaux sociaux.
Les Mutualités Libres plaident pour un cadre réglementaire clair et contraignant qui responsabilise les plateformes. La charge de la preuve doit être renversée : les plateformes devraient démontrer que leurs fonctionnalités sont sûres et sans danger pour la santé des mineurs avant de les déployer.
Pas d'accès avant 16 ans sans garanties éthiques
Le débat sur l'accès aux réseaux sociaux gagne en intensité en Belgique. Mais la question ne devrait pas uniquement porter sur la limite d'âge : elle doit aussi porter sur les conditions d'accès.
Les réseaux sociaux ne devraient être accessibles dès 13 ans que si les plateformes respectent des critères éthiques stricts : transparence des algorithmes, limitation des mécanismes addictifs et protection renforcée contre les contenus nocifs. Tant que ces garanties font défaut, un âge minimum de 16 ans est justifié, assorti de certaines restrictions d'usage pour les 16-17 ans.
Nous devons aussi faire la distinction entre les services de messagerie et les fonctionnalités conçues délibérément pour retenir les utilisateurs. Aujourd'hui, ils sont souvent intégrés dans une même application, ce qui entraîne vite les jeunes dans une spirale d'utilisation, alors qu'ils souhaitent juste envoyer un message.
Accompagner les adolescents dès leur plus jeune âge
La régulation des plateformes ne suffira pas à elle seule. Un usage sain du numérique passe aussi par l'accompagnement des jeunes.
Les Mutualités Libres plaident pour davantage d'investissements dans l'éducation aux médias et la prévention dès le plus jeune âge. Elles souhaitent renforcer le rôle des écoles et des acteurs de la santé, tout en soutenant les parents sans leur faire porter seuls cette responsabilité. Une attention particulière doit être accordée aux jeunes les plus vulnérables sur le plan psychologique, souvent plus sensibles aux effets négatifs des réseaux sociaux.
Les Mutualités Libres soulignent aussi l'importance de proposer des alternatives attrayantes hors ligne : les relations sociales, les loisirs et les moments de détente ne doivent pas dépendre principalement des plateformes numériques.
Enfin, les Mutualités Libres appellent les décideurs politiques belges et européens à mettre en place un cadre pour des réseaux sociaux plus éthiques, avec des règles claires sur la transparence des algorithmes, la protection des mineurs et la limitation, dès la conception, des mécanismes addictifs.