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PFAS en Belgique : peut-on enfin fermer le robinet des polluants éternels ?

Les PFAS sont partout. Dans l’eau potable, les sols, certains produits de consommation, mais aussi dans notre organisme. Semaine après semaine, de nouvelles révélations rappellent l’ampleur de cette pollution invisible et durable. En Belgique, la situation atteint un niveau particulièrement préoccupant : notre pays compte aujourd’hui plus de 6.700 sites contaminés aux PFAS, soit le nombre le plus élevé d’Europe. Alors que l’Union européenne avance vers une restriction progressive de ces substances, une question devient incontournable : la Belgique est-elle prête à agir réellement contre les PFAS ?

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PFAS

Un enjeu majeur de santé publique

Les PFAS, souvent qualifiés de “polluants éternels” sont des substances chimiques extrêmement persistantes. Elles s’accumulent dans l’environnement, mais aussi dans le corps humain, avec des effets désormais largement documentés sur la santé.

Les associations européennes d’endocrinologues ont d’ailleurs alerté à nouveau en 2025 sur les conséquences sanitaires des PFAS et appelé à mettre fin rapidement à cette pollution. Selon un rapport récent, leur coût pour la santé atteindrait près de 40 milliards d’euros par an au sein de l’Union européenne. Un montant que la Commission européenne considère encore sous-estimé.

En Belgique, les chiffres sont particulièrement alarmants :

  • plus de 6.700 sites contaminés aux PFAS
  • 17 % des jeunes Belges présentent des concentrations trop élevées de PFAS dans le sang
  • le coût sociétal lié à cette pollution pourrait atteindre jusqu’à 6,2 milliards d’euros par an.

Dans un contexte budgétaire tendu, continuer à reporter les décisions revient aussi à laisser exploser les coûts sanitaires et environnementaux à long terme.

L’Europe prépare une restriction historique des PFAS

En février 2023, plusieurs pays européens (le Danemark, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Norvège et la Suède) ont lancé une initiative majeure auprès de l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) afin de limiter la production et l’utilisation des PFAS.

Après analyse approfondie, les comités scientifiques de l’ECHA sont arrivés à une conclusion claire : réduire la production, l’utilisation et la mise sur le marché des PFAS constitue aujourd’hui le moyen le plus efficace pour diminuer les risques pour la santé et l’environnement.

La Commission européenne devra désormais transformer cette orientation en cadre législatif concret. Le débat s’annonce toutefois complexe, tant les PFAS sont utilisés dans de nombreux secteurs : dispositifs médicaux, automobile, matériaux de construction, ustensiles de cuisine ou encore industrie chimique.
Dans son accord de gouvernement, le fédéral belge s’est engagé à soutenir un plan européen d’élimination progressive des PFAS. Cet engagement devra désormais se traduire en mesures concrètes.

Quels usages des PFAS doivent encore être autorisés ?

Le cœur du débat porte désormais sur les usages considérés comme “essentiels”.
À l’avenir, l’utilisation des PFAS devrait être strictement limitée aux applications pour lesquelles aucune alternative sûre n’existe encore. Certaines applications médicales peuvent temporairement entrer dans cette catégorie. Mais d’autres usages interrogent davantage.

Faut-il encore autoriser les PFAS dans certaines pièces automobiles ? Dans des matériaux de construction ? Dans des produits de consommation courante ?
Chaque dérogation devra être strictement encadrée et limitée dans le temps afin d’éviter que l’exception ne devienne la règle.

La Belgique ne peut pas attendre l’Europe

Même si le processus européen prendra encore du temps, la Belgique dispose déjà de leviers d’action.
Les PFAS continuent d’être massivement utilisés dans l’industrie belge : environ 8.330 tonnes selon un rapport publié en 2023. Pendant ce temps, certains pays européens ont déjà commencé à agir. La France et le Danemark ont notamment interdit les PFAS dans certains produits de consommation et pesticides.

Au niveau fédéral, un plan d’action a été élaboré par le ministre Crucke et une nouvelle étude d’incidences a été commandée. L’accord de gouvernement prévoit également la création d’un fonds PFAS destiné à indemniser les victimes et les dommages liés à cette pollution. Ce fonds doit désormais devenir opérationnel au cours de cette législature.

Les Régions avancent également :

  • la Flandre vise une réduction des risques sanitaires liés aux substances très nocives comme les PFAS d’ici 2030
  • la Wallonie a récemment annoncé vouloir interdire les pesticides contenant des PFAS.

Agir maintenant

La dynamique est aujourd’hui lancée aux niveaux européen, fédéral et régional. Les données scientifiques s’accumulent. Les impacts sanitaires sont connus. Les citoyens attendent des décisions concrètes. Mais un obstacle demeure : la fragmentation des compétences en Belgique. Sans coordination entre les différents niveaux de pouvoir, les mesures risquent de rester partielles et insuffisantes.

C’est pourquoi la mise en place d’un véritable plan d’action interfédéral sur les PFAS apparaît indispensable. La question n’est plus de savoir s’il faut agir, mais à quelle vitesse nous sommes prêts à le faire. Chaque retard signifie davantage de pollution, davantage de risques pour la santé et davantage de coûts pour la société. L’opportunité existe aujourd’hui. Reste à savoir si le courage politique suivra.

Pour Xavier Brenez, directeur général des Mutualités Libres, la Belgique doit désormais passer d’une logique de réaction à une logique d’anticipation. Face à l’ampleur de la contamination aux PFAS, les demi-mesures ne suffiront plus. Une stratégie cohérente, coordonnée et ambitieuse devient indispensable pour protéger durablement la santé publique et l’environnement.