Rétrospective de nos études
Tout au long de l’année, le Service Études des Mutualités Libres analyse données relatives à ses 2,3 millions de membres. Cette expertise permet de mieux comprendre les besoins réels en matière de soins de santé et de formuler des recommandations éclairées à destination des décideurs politiques.
Ces analyses sont ensuite partagées avec les principaux publics cibles (prestataires de soins, décideurs politiques et grand public) via différents canaux : communiqués de presse, réseaux sociaux, podcast Discutons santé, newsletter Health Forum et supports internes. Retour sur quelques études marquantes de l’année.
Zoom sur les dépenses de santé les plus élevées
En 2022, la Belgique consacrait 8,4 % de son PIB aux soins de santé, un niveau supérieur à la moyenne de l’OCDE (7 %), semblable à celui des Pays-Bas (8,6 %) et inférieur à la France (10,3 %). D’ici 2050, il devrait atteindre 10,4 %.
Pour préserver l’accessibilité et la qualité des soins, il est essentiel de comprendre la répartition des dépenses. Objectif : organiser l’offre de soins de façon plus ciblée et mieux soutenir les personnes, en fonction de leur situation.
L’étude s’est concentrée sur les Belges ayant les dépenses de santé les plus éle-vées. Constat : entre 2014 et 2023, les 10 % de personnes ayant les dépenses de santé les plus élevées représentent environ 70 % des dépenses remboursées par l’assurance maladie en 2023, et dont le top 1 %, qui fait partie de ces 10 %, repré-sente à lui seul 30,8 %.
Zoom sur les psychotropes en maison de repos
L’utilisation des médicaments dans les maisons de repos mérite une attention par-ticulière. En collaboration avec des chercheurs de la KU Leuven, nous avons étudié l’utilisation d’antipsychotiques et antidépresseurs entre 2017 et 2024 parmi les membres résidant en maisons de repos.
En 2024, 53,5 % des résidents se sont vu prescrire des antidépresseurs au moins une fois, la plupart pour une utilisation chronique. Pour les antipsychotiques, 32,8 % des résidents en ont reçu, dont environ deux sur trois dans le cadre d’un traitement à long terme. L’entrée en maison de repos semble également être un moment charnière dans la vie des personnes âgées pour l’utilisation de psychotropes.
Cet usage structurellement élevé est d’autant plus frappant que la littérature montre que les affections pour lesquelles ces médicaments sont princi-palement prescrits (anxiété, dépression, psychose) sont relativement peu fréquentes chez les personnes âgées.
Zoom sur les entrées en incapacité de travail
Les troubles psychosociaux et musculosquelettiques restent les principales causes d’absence prolongée au travail en Belgique. L’étude, portant sur les données entre 2018 et 2024 met en évidence un fait marquant : le nombre de burn-out a presque doublé en six ans (+94 %). Autre constat alarmant : les travailleurs indépendants se retrouvent de plus en plus souvent en incapacité de travail, avec une augmenta-tion de 49 %.
L’étude révèle aussi que certaines affections, telles que les troubles psychosociaux et les cancers, présentent un risque accru d’entrainer une incapacité de travail de longue durée, soit de plus d’un an.
Pour répondre à ces défis majeurs mis en lumière par l’analyse, il est nécessaire d’adopter une approche différente, qui combine prévention, dépistage précoce du cancer, accompagnement et réintégration. Seule une vision globale et coordonnée permettra de soutenir durablement les personnes concernées.
Zoom sur la vaccination contre la grippe
En Belgique, la vaccination contre la grippe reflète les inégalités sociales. L’analyse révèle des écarts allant jusqu’à 20 % en matière de couverture vaccinale entre les groupes socio-économiques les moins et les plus favorisés. La vaccination contre la grippe n’atteint pas non plus l’objectif de 75 % chez les groupes à risque tels que les malades chroniques, les femmes enceintes et les plus de 65 ans.
Une étude complémentaire a également démontré l’efficacité de la prévention ciblée : une campagne de sensibilisation menée par Helan Mutualité Libre sur la vaccination contre la grippe chez les plus de 65 ans a entraîné un taux de vaccina-tion plus élevé chez les personnes contactées que dans le groupe de contrôle.
Zoom sur les antibiotiques
A l’occasion de la Journée européenne d’information sur les antibiotiques, les Mutualités Libres ont publié des chiffres encourageants sur l’utilisation des antibio-tiques en Belgique. Entre juillet 2024 et juin 2025, près de 29,5 % des membres ont reçu au moins un antibiotique délivré en pharmacie, contre 33,4 % un an plus tôt. Il s’agit de la plus forte baisse enregistrée en cinq ans. Une évolution positive, même si des efforts restent nécessaires, car l’usage total d’antibiotiques reste supérieur à l’objectif fixé.
Les Mutualités Libres ont donc appelé à un effort collectif durable pour préserver leur efficacité, tant pour aujourd’hui que pour les générations futures.
Zoom sur les données de santé
Seuls six Belges sur dix ont confiance dans la manière dont leurs données de santé sont gérées et utilisées. Les principales préoccupations sont la cybersécurité (47 %), le manque de clarté quant à l’utilisation des données (46 %) et leur utilisation potentielle à des fins commerciales (32 %). C’est ce que révèle une enquête menée auprès de 1.250 Belges âgés de 18 à 75 ans dans le cadre du symposium annuel consacré aux données de santé.
Zoom sur les jeunes travailleurs en incapacité de travail
Une étude approfondie sur l’évolution de l’incapacité de travail chez les jeunes tra-vailleurs en Belgique entre 2018 et 2024 a été menée. Sa conclusion : les jeunes de 18 à 34 ans sont de plus en plus souvent déclarés en incapacité de travail en raison de problèmes psychosociaux. Cette tendance se confirme d’année en année. En 2024, 39 % des nouveaux cas d’incapacité de travail chez les 18-34 ans étaient liés à des troubles psychosociaux (burn-out, dépression, stress ou anxiété), contre 30 % chez les travailleurs plus âgés. Depuis 2018, cette proportion a augmenté de près de 35 % chez les jeunes, contre 20 % chez les travailleurs plus âgés. L’étude met donc en évidence un effet générationnel prononcé à des actions ciblées.
Focus sur les zones de basses émissions (LEZ) à Bruxelles et Anvers
En 2025, la revue Environment International a publié un article consacré à l’impact des zones de basses émissions (LEZ) instaurées à Bruxelles et à Anvers. Les Mutualités Libres ont coordonné ce projet de recherche en étroite collaboration avec la KU Leuven, HEAL,
VITO, la Cellule Interrégionale de l’Environnement et l’Université de Hasselt.
Principaux résultats de l’étude
- Amélioration rapide de la qualité de l’air : en seulement cinq ans, les LEZ de Bruxelles et d’Anvers ont permis une amélioration significative de la qualité de l’air.
- Baisse du dioxyde d’azote (NO₂) : la pollution a diminué de 30 % à Anvers et de 37 % à Bruxelles.
- Comparaison inédite : pour la première fois, des villes belges dotées d’une LEZ ont été comparées à 17 villes sans LEZ.
- Impact social : les quartiers les plus vulnérables sont ceux qui ont le plus bénéficié de la LEZ. La pollution y a davantage reculé (le NO₂ est passé de 33,44 µg/m³ à 21,69 µg/m³) et la concentration de carbone noir y a prati-quement été réduite de moitié.
Politiques et outils
En complément de l’article scientifique, les Mutualités Libres et HEAL ont publié en 2025 une note de politique (en français, néerlandais et anglais), proposant des recommandations concrètes à l’intention des décideurs régio-naux, fédéraux et européens.
Fin 2025, les Mutualités Libres ont mis en ligne le Dashboard ”Qualité de l’air en Belgique”. Cet outil permet de consulter les données relatives aux LEZ entre 2017 et 2023, ainsi que les chiffres de pollution par commune pour différents polluants tels que le dioxyde d’azote, les particules fines et le car-bone noir.