Transcription podcast : le rôle du médecin-conseil
Dans un souci d’accessibilité pour toutes et tous, nous vous proposons ici la transcription complète de cet épisode. Vous pouvez la lire à la place ou en complément de l’écoute audio.
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Retrouvez ci-dessous la version texte intégrale :
[Introduction musicale]
MARIANNE : Aujourd’hui, on va parler des médecins-conseils et principalement de ceux qui suivent les personnes en incapacité de travail. Quel est leur rôle ? Comment accompagnent-ils les personnes malades au quotidien ? Et aussi, on va déconstruire les idées reçues sur leur métier. Et on va découvrir tout ça avec une personne, et pas n’importe qui. C’est une personne qui a eu mille vies avant de devenir médecin-conseil. Bref, on est curieux et on vous emmène avec nous. Bonjour Olivier, bienvenue dans le podcast.
OLIVIER : Bonjour Marianne.
MARIANNE : Tu vas bien ?
OLIVIER : Très bien et toi ?
MARIANNE : Très bien aussi. Je suis ravie que tu sois là. On va parler avec toi aujourd’hui des médecins-conseils et de leur rôle. J’ai des collègues à toi qui m’ont raconté plein de choses sur toi. On m’a dit que tu as eu mille vies avant de devenir médecin-conseil. J’ai pris quelques exemples. Alors, on m’a dit que tu as soigné dans des orphelinats en Roumanie, tu as soigné des réfugiés au Kosovo, des enfants des rues à Saint-Pétersbourg. Tu as même travaillé dans des prisons en Sibérie. Tu as fait de la médecine de guerre à Bagdad, soigner les malades du sida au Malawi, travailler sur la malnutrition en Haïti et même sur la santé mentale en Arménie. Et même un autre exemple qui est que tu t’es immergé trois semaines dans la vie d’un SDF pour apprendre à soigner les personnes sans domicile. Et donc tout ça, ça me rend curieuse. Qu’est-ce qui t’a amené à devenir médecin-conseil ?
OLIVIER : Ce long périple de vie de médecin humanitaire était quand même lié à une attirance tout à fait personnelle, un intérêt, de mettre mes compétences au service notamment des personnes les plus vulnérables, les plus pauvres. Donc, cette fibre sociale qui m’a toujours animé. Le métier de médecin-conseil, je l’ai adopté pour des questions personnelles, de sécurité, de stabilité, en particulier pour ma femme et mes deux enfants. Mais aussi, bon, est-ce que j’avais un peu peur que ce soit un peu trop fonctionnaire comme boulot, mais pas du tout. J’ai découvert justement que dans ce métier, je pouvais continuer à offrir mes compétences un peu différentes pour des personnes qui sont vulnérables, elles aussi, et en précarité sociale pour beaucoup.
MARIANNE : Comment tu le décrirais aujourd’hui, ce métier ? Un métier qu’on confond aussi parfois un peu avec le médecin-contrôle.
OLIVIER : Oui, c’est réducteur. Je n’aime pas ce mot “contrôle”. Le mot “conseil” me convient mieux. Et puis, il faut se dire que le travail de médecin-conseil, il y a deux piliers. Il y a le pilier évaluation médicale, expertise médicale, peut-être est un mot un peu mieux choisi, qui donne une spécificité à ce métier. Et d’un autre côté, il y a le conseil avec, oui, toute une série de conseils que l’on va donner à un patient, que ce soit des conseils liés à sa santé, à des traitements, à des prises en charge, mais aussi des entretiens motivationnels, un accompagnement vers une réinsertion socioprofessionnelle qui est le but final.
MARIANNE : Pas juste thérapeutique ?
OLIVIER : Non, non, on va laisser le thérapeutique dans les mains de nos confrères généralistes ou spécialistes. Nous ne pouvons déontologiquement pas nous immiscer dans le traitement ou le jugement du traitement en cours chez un de nos patients. Par contre, on peut lui suggérer des pistes s’il n’en a pas. Et il y a pas mal de personnes qui sont un peu comme des bouteilles à la mer d’ailleurs. Et le médecin-conseil se retrouve un peu en première ligne pour pouvoir apporter des éléments, des outils que l’on met dans les mains de la personne malade.
MARIANNE : C’est quoi le cœur de la mission générale des médecins-conseils qui suivent l’incapacité de travail ?
OLIVIER : C’est justement la réinsertion socioprofessionnelle. Une maladie de courte durée, un rhume, une bronchite, une entorse, en général, ça se passe bien. Les gens vont reprendre spontanément leur activité professionnelle quand ça va mieux. Nous, on s’occupe de personnes qui sont en incapacité de travail de longue durée. Et plus l’incapacité se poursuit, qu’est-ce qui se passe ? Il y a un déconditionnement. Je me casse le genou, qu’est-ce qui va se passer ? Oui, le chirurgien va me réparer mon genou, mais je vais perdre la musculature de mon quadriceps. C’est un déconditionnement physique. Et pour que je récupère la fonction de mon genou, il faut travailler mon quadriceps. Quelqu’un qui n’a plus travaillé depuis des mois, voire des années, il y a aussi un déconditionnement. Et donc là, il y a toute une série d’actions, d’accompagnements qui sont décidés par le médecin-conseil, mais qui sont réalisés par une équipe pluridisciplinaire, pour tenter de ramener la personne vers un objectif positif de retour à une activité professionnelle. Pour au final améliorer sa qualité de vie. C’est une qualité de vie que de pouvoir avoir une vie sociale. Quand on met fin à une incapacité de travail, certaines personnes peuvent se dire “Oh, qu’il est méchant ce médecin-conseil, il ne reconnaît pas ma souffrance.” Je préfère dire que je suis là aussi pour reconnaître avec la personne que les capacités se sont améliorées, que le verre, au lieu d’être à moitié vide, est à moitié plein et qu’avec ça, on peut faire quelque chose.
MARIANNE : Comment se déroule un entretien ? Est-ce que tu suis un canevas précis quand quelqu’un arrive dans le cabinet ? Et de quoi, surtout, tu parlais des capacités de la personne, de quoi tu tiens compte pour faire cette évaluation médicale ?
OLIVIER : C’est complexe. Une incapacité de travail, certes, il y a un problème de santé, mais il n’y a pas que ça. Qui peut entretenir un état de malaise, de sentiment d’incapacité. Il y a d’autres facteurs comme des facteurs familiaux, sociaux, contextuels, au travail, mauvaise ambiance, etc. Donc c’est complexe. Tout d’abord, c’est l’anamnèse. Première étape. On accueille la personne, on essaie de créer un climat entre guillemets de confiance, en tout cas serein, pour que la personne se sente comprise, entendue, écoutée. On n’est pas là à taper sur son ordinateur et à faire le compte rendu automatique de ce qu’elle rapporte. Cette anamnèse est très importante. Quels sont les antécédents ? Quelles sont les plaintes ? Quel est le milieu de vie ? Tout ça compte pour mener à un ou des diagnostics. Et comprendre aussi comment la personne vit sa problématique de santé. On a pas mal de personnes aussi qui ne viennent pas qu’avec une plainte, mais plein de plaintes. Alors, on s’y perd un peu. Donc il faut prioriser ça. Et dans l’entretien, il y a cet exercice qui est mené pour aider la personne à mettre le doigt sur, par exemple, les trois éléments prioritaires justifiant son incapacité à aller au travail.
MARIANNE : Il y a une technique pour ça ?
OLIVIER : Oui. Quand je vois que ça part un peu dans tous les sens, je dis “Écoutez, visualisez un podium de Jeux Olympiques, marche un, marche deux, marche trois. Alors, quel est l’élément le plus invalidant ? Un. Il y en a un deuxième ? Citez-le moi. Et finalement, troisième.” Ça ne sert à rien d’aller quatrième, cinquième, sixième. Avec trois éléments, c’est déjà bien suffisant que pour comprendre que l’on doit prolonger ou pas cette incapacité. Et puis ça permet aux gens aussi de mettre une priorité et de mieux comprendre dans cette souffrance, qu’est-ce qui ne va pas et quels sont les chantiers importants qui doivent être adressés.
MARIANNE : Il y a limitation fonctionnelle, donc, par exemple, une infirmière qui est fatiguée, finalement, elle se trompe dans les médicaments de ses patients. C’est ça que tu cherches.
OLIVIER : C’est très bien, Marianne, de dire ça, parce que la plainte est une chose, le médecin thérapeutique va entendre la plainte et essayer d’apporter des traitements. Nous, nous devons, médecins-conseils, transformer une plainte en un impact fonctionnel. Qu’est-ce qui coince ? Voilà, l’infirmière dont tu me parles. Mettons qu’elle a eu une pathologie avec des traitements lourds. Ça va mieux, mais il reste une fatigue morbide. Cette fatigue, qu’est-ce qu’elle peut avoir comme conséquences fonctionnelles ? C’est des troubles de la mémoire courte, c’est des troubles de concentration qui peuvent engendrer des erreurs. Donc, c’est ça un impact fonctionnel. Une personne qui a un genou abîmé et dont la flexion ne peut pas aller au-delà de 90 degrés, si cette personne est couvreur, avec les toits de quarante-cinq degrés en Belgique, il ne sait plus faire son métier. Impact fonctionnel. Mais avec ce genou, il peut très bien faire un travail sur un sol plat, par exemple. Donc, l’impact fonctionnel est fondamental pour nous permettre de dire : “OK, monsieur, madame, vous pouvez reprendre sans problème votre boulot habituel, » ou bien “là, on se retrouve devant une contrainte de longue durée et il va peut-être falloir changer de poste, adapter un poste, voire changer de métier.”
MARIANNE : Justement, tu dis “changer de poste”, “changer de métier”, ça veut dire que parfois, on arrive à une fin de suivi, on arrive au moment où la situation de santé a changé, elle a évolué, normalement pour le mieux, donc la page “maladie” se clôture. C’est quoi les trajets alors, là, pour la personne ?
OLIVIER : Si on se trouve devant une pathologie, une maladie, qui a complètement guéri, il est tout à fait logique, quelque part, que la personne puisse reprendre spontanément son activité habituelle. Ça existe, tant mieux. Par contre, on sait qu’il y a certaines pathologies qui s’accumulent avec d’autres et il y a ce qu’on appelle des séquelles. Le retour à la ligne zéro n’est plus possible. Ce seuil de séquelle, est-il compatible ou pas avec le registre professionnel de la personne ? Si ce n’est pas le cas, il faut aider cette personne à retrouver une qualification dans un domaine compatible avec ce qu’on va appeler un “handicap”. Pour ça, évidemment, on a besoin de bien diagnostiquer la personne, bien préciser avec l’examen clinique, parce que c’est bien de poser des questions, de les sérier, mais faut-il encore, c’est le travail du médecin d’objectiver des déficits fonctionnels avec un examen clinique complet. La connaissance des traitements est fondamentale aussi parce que certains traitements sont incompatibles avec certains postes à risque, par exemple, on le sait aussi, etc. Bref, mais nous nous entourons autour d’un diagnostic d’une équipe pluridisciplinaire de paramédicaux. Il y a des infirmiers, des infirmières, kinés, psychologues, mais aussi des coordinateurs de retour au travail. C’est une autre fonction dans l’équipe médecin-conseil.
MARIANNE : Qui est plus axée sur la réintégration socioprofessionnelle ?
OLIVIER : Exactement, est tout à fait axée là-dessus. Ce sont des personnes qui sont compétentes dans ce domaine, qui sont en lien avec les différents acteurs de terrain comme Actiris, le VDAB ou le Forem. Donc des organismes de la formation de l’emploi.
MARIANNE : De la formation et de l’emploi.
OLIVIER : Et alors, la personne peut bénéficier de ce qu’on appelle un bilan d’orientation professionnelle. La personne est devant un miroir, elle voit ses compétences, elle voit ses points faibles. Et puis ensuite, évidemment, on met sur la table des propositions de formations qualifiantes et on voit si ça matche avec, évidemment, le plaisir de la personne à faire une activité. On n’oblige pas les gens “Tu vas faire ça, tu vas faire ça, tu vas faire ça.” Il faut quand même que ça plaise, que ça rentre dans ses compétences et dans son profil.
MARIANNE : Une démarche volontaire aussi ?
OLIVIER : C’est une démarche volontaire aujourd’hui. Évidemment, on demande que les gens répondent à leur devoir.
MARIANNE : Comment tu annonces ça aux gens ? Comment tu l’expliques ? Est-ce que c’est un bon moment en général quand tu arrives justement à la fin d’un suivi et que tu annonces que la personne ne sera plus reconnue en incapacité de travail ?
OLIVIER : Oui, là, quand on décide de la fin de reconnaissance, j’essaie de l’expliquer, de l’apporter comme une bonne nouvelle. D’ailleurs, je ne parle pas de “fin de reconnaissance”. Je dis : “Je vais vous envoyer un document d’aptitude dans votre registre professionnel, adapté ou non”. C’est quand même quelque part une bonne nouvelle puisqu’une parenthèse douloureuse se ferme. Vous avez fait plein d’efforts pour vous en sortir. Ce n’est pas gai d’aller courir les hôpitaux, de subir des traitements, d’être anxieux par rapport à son avenir. Il y a quand même l’argent. La mutuelle, heureusement que nous l’avons. Nous sommes un pays qui a une grande protection sociale, pas comme aux États-Unis. Aux États-Unis, tu es malade, voilà, tu n’as rien. Ici, on a des indemnités, mais ce n’est quand même pas non plus bingo. C’est quand même la précarité. Et expliquer aux gens que de les maintenir dans une invalidité à long terme, c’est de les maintenir dans une précarité financière, sociale, sa propre valeur. On sait toutes et tous que sortir de chez soi, rencontrer des collègues, ça peut faire franchement même du bien. Et pourquoi même pas à sa santé. Le travail fait partie de la guérison aussi. Le travail fait partie de la qualité de vie. Nous sommes des animaux et nous devons travailler pour vivre, comme n’importe quel animal. Ça fait partie de notre destin, de notre ADN.
MARIANNE : Et justement, on parle beaucoup d’incapacité de travail dans les médias, en politique, dans la presse. On sait qu’il y a une courbe exponentielle pour les malades de longue durée. Ça a fort progressé ces dernières années. D’une part, par des effets qui sont plus mécaniques : le vieillissement de la population, les politiques d’emploi, les régimes de prévention, l’alignement de la pension des femmes, les réformes du chômage, etc. Il y a aussi tous les aspects de santé psychosociale, le COVID qui est passé par là, tout ça. Tout ça, ça a fait qu’on s’est quand même rendu compte que le système devait évoluer. On ne pouvait pas rester sans rien faire. Et donc, il y a eu pas mal de nouvelles mesures qui ont été mises en place. Est-ce que tu peux un peu nous en parler et nous dire ce que ça a changé pour toi au quotidien ?
OLIVIER : Alors, devant mon non-verbal, on voit déjà que je n’ai pas la solution. D’ailleurs, qui l’aurait ? Nous sommes dans un État-providence, la Belgique. Nous sommes attachés à nos acquis sociaux, qui sont très importants et qui sont là depuis longtemps. La population s’est habituée à ces acquis sociaux. Le monde médical aussi, le monde thérapeutique. On accorde beaucoup d’importance à la qualité des soins, au soutien des personnes qui passent un moment difficile. C’est un coût, une protection sociale. C’est là que le bât blesse. Et quand on a, depuis maintenant une vingtaine d’années, une vraie explosion exponentielle du nombre de personnes en incapacité de longue durée, ça coûte de plus en plus cher. Est-ce qu’il y a plus de cancers ? Non. Est-ce qu’il y a plus d’infarctus ? Non. Certes, on dépiste davantage de choses, mais ce qu’on voit surtout, ce sont les pathologies dépressives, le mal-être psychologique, je vais dire, et les douleurs chroniques. Et là, c’est interpellant. Parce que derrière tout ça, il n’y a pas nécessairement une grosse boulette que l’on voit au scanner ou un beau diagnostic tout fait, tout propre. Il y a une souffrance existentielle. Et nous, nous sommes médecins et on sait bien que la problématique de ces incapacités de travail trouvent également leur racine dans une souffrance existentielle, nous n’avons pas, nous seuls, la clé. Il y a d’autres secteurs responsables de ça. Abuse-t-on de nos avantages ? Est-ce qu’il y a une hypermédicalisation dans notre société ? Justement, il y a aussi ce côté, maintenant, de vouloir faire travailler ensemble les différents prestataires de soins, les différentes personnes qui suivent ces personnes en incapacité de travail. Est-ce que là, c’est une clé ? Oui, c’est une clé. C’est une clé importante. D’ailleurs, des groupes trio, on met en contact les médecins thérapeutiques, les médecins du travail, les médecins-conseils, pour essayer d’avoir une vue et des regards croisés, mais des regards croisés qui peuvent avoir une valeur, c’est-à-dire que qu’est-ce que tu penses de cette personne ? Qu’est-ce qu’on peut faire ? Parce que nous sommes dans un métier très contradictoire. La personne peut très bien avoir une tout à fait autre opinion que moi par rapport à son avenir professionnel. Je peux très bien être en contradiction avec le médecin traitant, qui va peut-être, entre guillemets, prolonger une incapacité, alors qu’il n’est peut-être pas au courant que cette incapacité devient délétère par elle-même. Comme le professeur Firquet le dit très bien, une incapacité de travail, elle est nécessaire pour passer un cap aigu, mais si elle est trop longue, on en reparle tout à l’heure, on arrive à quoi ? Au déconditionnement. Et alors, ce ne sont plus nécessairement des facteurs médicaux qui entretiennent la prolongation, mais des facteurs plutôt psychosociaux. Et toutes les mesures qui ont changé, donc maintenant, il y a un suivi plus précoce, des personnes en incapacité, avec des rendez-vous au quatrième, septième et onzième mois d’incapacité.
MARIANNE : Est-ce que ça a vraiment changé le quotidien des médecins-conseils ?
OLIVIER : Ça change. Ce qui a bien changé, c’est que les médecins-conseils ne travaillent plus tout seuls. Que des équipes pluridisciplinaires ont été mises en place. Ça, ça a été d’ailleurs un grand chantier dans ma carrière aux Mutualités Libres. Ces équipes pluridisciplinaires, ça permet de décharger le médecin-conseil de toute une série de tâches et surtout d’avoir une approche non pas individuelle, à risque parfois d’être ressentie comme subjective, tandis qu’ici, on a beaucoup plus d’interrelations, d’objectivité. Puis on a mis en place, comme je le disais tout à l’heure, des coordinateurs de retour au travail. C’est clair que l’enrichissement de l’équipe médecin-conseil, si on s’y prend tôt, va donner davantage de chances à la personne de réinsérer le monde du travail. Mais dire plus de chances, ça ne veut pas dire qu’à cent pour cent on gagne. Non, non. Et je rappelle que les équipes disciplinaires, multidisciplinaires, ce sont des psychologues cliniciens, des kinés, des infirmiers, et cetera, qui viennent faire aussi des consultations avec les personnes en incapacité de travail, qui donc viennent soutenir les médecins-conseils.
MARIANNE : Médecin-conseil qui est aussi un métier en pénurie, comme dans le curatif, si je ne me trompe pas ? On est plus ou moins à 240 médecins-conseils pour toute la Belgique, qui doivent suivre quasi 600 000 malades de longue durée. C’est peu. 450 000 incapacités de travail de courte durée. Vous le sentez, ça aussi, cette pression un petit peu du système sur le fait que vous êtes trop peu nombreux ?
OLIVIER : C’est un peu Sisyphe, quoi hein, redescendre à chaque fois. On travaille plus, on travaille plus en profondeur. C’est un travail qui est très prenant sur le plan intellectuel, parce que ce ne sont pas des diagnostics faciles et qu’on doit avoir une vision holistique, mais on a aussi tout le bagage d’angoisse et de souffrance des personnes et la peur de se voir ainsi, comme certaines personnes le disent, à tort, jetées de la mutuelle alors que ce n’est pas du tout le but. Mais ce travail méthodologique d’aujourd’hui permet un travail de meilleure qualité. Maintenant, quel sera l’impact réel sur la charge que représentent ces personnes en incapacité de longue durée, je ne le sais pas à l’avance. Nous verrons. Oui, nous avons des retours positifs, des réorientations professionnelles abouties avec succès et des gens qui viennent dire merci. Ça, c’est quand même aussi de temps en temps agréable de l’entendre. Mais, bon, ce n’est qu’une partie du travail et je n’ai pas la prétention de dire que cette méthode de travail actuelle va changer radicalement la donne dans les prochaines, toutes prochaines années.
MARIANNE : Alors, est-ce que tu penses qu’il y a un levier miracle pour changer la donne et pour améliorer les choses ?
OLIVIER : Il n’y a pas de levier miracle, non, ça n’existe pas, c’est complexe. Nous avons des contraintes, mais nous avons aussi, comme on le disait, des idées. Il y a beaucoup d’innovations qui sont faites pour essayer justement de faire face à ce grand défi. Mais nous voyons les fruits positifs de notre boulot. Des gens qui viennent nous remercier d’avoir abouti, au terme de leur formation, à un nouveau métier, qui se sentent épanouis, ils ont retrouvé une vie, c’est un nouveau départ. Ça, ce sont des points très positifs qui nous donnent envie de continuer à chercher des solutions innovantes, non seulement dans notre secteur médical, qu’il soit thérapeutique ou le secteur médecin-conseil, mais aussi dans les autres secteurs de la société, parce que chaque secteur, comme je le disais tout à l’heure, peut faire quelque chose pour que les gens puissent mieux vivre leur travail, en meilleure santé. On pense à la prévention chez les employeurs. Bien entendu, non seulement chez les employeurs, mais au niveau de la population, parce que prévenir, tant sur le plan de la santé mentale que sur le plan de la santé physique, avec une hygiène de vie, avec un monde du travail aussi attentif au plaisir de travailler, et bien là, au terme, nous pouvons voir cette fameuse courbe s’inffléchir un jour. En tout cas, j’y crois.
MARIANNE : Écoute, c’est un message très positif et je pense que c’est sur ça qu’on va clôturer. Je te remercie en tout cas de nous avoir permis de mieux comprendre le métier des médecins-conseils. Merci beaucoup.
OLIVIER : Grand merci, Marianne.
MARIANNE : Je vous remercie, vous aussi, qui nous avez écoutés ou regardés pour ce podcast Discutons santé. Je vous invite surtout à liker, commenter ce podcast et à surtout écouter d’autres épisodes. On se retrouve bientôt.