Transcription podcast : l'ergothérapie

Dans un souci d’accessibilité pour toutes et tous, nous vous proposons ici la transcription complète de cet épisode. Vous pouvez la lire à la place ou en complément de l’écoute audio.

Écoutez l’épisode ici. Retrouvez ci-dessous la version texte intégrale :

[Introduction musicale]  

MARIANNE : Saviez-vous qu'un ergothérapeute pouvait vous aider à retrouver de l'autonomie quand vous en avez perdu ? Il peut vous proposer des solutions, des aides techniques ou technologiques pour vous aider à retrouver des activités quotidiennes que vous voulez arriver à refaire. Dans ce podcast, on va donc parler de ce métier qui reste aujourd'hui encore difficile à comprendre et encore trop méconnu.  

[Musique]

MARIANNE : Bonjour et bienvenue dans le podcast des Mutualités Libres. Aujourd'hui, on va parler ergothérapie. C'est une profession qui agit encore aujourd'hui souvent dans l'ombre, mais qui a un impact vraiment très important sur les gens. Elle va permettre à chacun de rester autonome malgré des coups durs dans la vie ou plutôt en mode prévention. Ça va de la rééducation après une maladie aux adaptations concrètes d'un logement pour rester autonome. Et donc tout ça, on va le découvrir avec Béatrice Theben, qui est vice-présidente de l'Union professionnelle des ergothérapeutes francophones et germanophones et avec Nathalie Delstanche, qui est ergothérapeute chez Partenamut. Et donc on va découvrir cette approche à la fois humaine mais aussi créative.  

MARIANNE : Bonjour Béatrice.  

BEATRICE : Oui, bonjour Marianne.  

MARIANNE : Béatrice, j'ai une première question pour toi. C'est quoi l'ergothérapie tout simplement ?  

BEATRICE : L'ergothérapie c'est une profession de santé paramédicale qui est soumise à la prescription médicale. C'est une discipline qui va permettre aux personnes, quel que soit leur âge, de réaliser des activités qui sont importantes pour elles dans la vie quotidienne, dans la vie sociale ou dans la vie professionnelle et scolaire. On pense aux enfants et aux adolescents. L'ergothérapeute intervient lorsque l'autonomie est réduite à la suite d'un accident, une maladie, un handicap, des difficultés, le vieillissement parfois tout simplement. On agit alors là plutôt en prévention quand c'est possible, primaire ou secondaire. Ce qui est important, c'est de dire qu'on ne travaille pas que à partir d'une maladie, nous travaillons avec des personnes. Les personnes, c'est important pour nous, ce n'est pas une maladie qu'on va rééduquer. Mais on peut intervenir quand même dans le cadre de la santé physique ou mentale, quand il y a une limitation fonctionnelle et on va surtout s'intéresser aux occupations de la personne.  

MARIANNE : Tu parlais de la vision santé et pas de la vision patiente, donc on regarde un peu moins la pathologie. Est-ce que c'est ce que vous appelez chez les ergothérapeutes l'approche GOC, Goal Oriented Care ?  

BEATRICE : Tout à fait, c'est ça l'approche GOC, donc en anglais Goal Oriented Care, mais c'est aussi ASCOP qui a été traduit par Aide et Soins Centrés sur les Objectifs de la Personne. Et donc on va essayer de faire ressortir les objectifs, les besoins de la personne et surtout travailler avec elle ses priorités.  

MARIANNE : Qu'est-ce qu'elle veut faire, c'est ça ?  

BEATRICE : Voilà, c'est une vision du soin qui est orientée sur la personne et plus du tout sur la pathologie. Et donc nous avons une vision large. Qu'est-ce qu'elle veut faire ? Ses occupations et son environnement. Et l'environnement, c'est autant l'environnement social, c'est-à-dire les personnes qui l'entourent, que son environnement de maison, de travail et autres.

MARIANNE :  Et quel type de personnes font appel à des ergothérapeutes ? Quel type de cas on rencontre ? Alors, on va rencontrer vraiment une grande diversité. C'est le tout public, ce sont les citoyens. On est connu, bien sûr, dans les hôpitaux, mais ça peut être un senior qui a besoin de soutien pour éviter les chutes qui nous interpellent, qui voudrait éviter les chutes à son domicile et à l'extérieur, le trottoir, les transports en commun. Ça peut être une personne qui a subi un AVC, un travailleur en invalidité pour des troubles musculosquelettiques et qui souhaite reprendre une activité professionnelle, un enfant ou un ado avec des troubles d'apprentissage, un adulte après un accident de la route, une maman en difficulté après un deuil, une personne avec une maladie neurodégénérative de type Alzheimer ou autre. Et là, nous accompagnons

Le duo Aider et Aidan. L'Aider et l'Aidan, oui, c'est vraiment un duo, c'est retrouver aussi une place dans son quotidien, entouré de sa famille, de ses proches et tout ça.  

MARIANNE : Il y a un arrêté royal qui encadre aujourd'hui la mission de l'ergothérapie et pourtant malgré ça le métier n'est pas vraiment connu.  

BEATRICE : En effet, malgré l'arrêté royal qui date déjà d'il y a quelques années et que nous sommes en train de réviser avec les néerlandophones, nous sommes peu connus parce que nous agissons principalement dans des structures, dans des institutions, dans les murs. Dans les murs des hôpitaux, en psychiatrie, en neurologie, en maison de repos et de soins, en centre de jour parfois aussi. Et un petit peu dans les écoles, que ce soit les écoles d'ergothérapie ou en tout cas les écoles primaires et secondaires. Mais en dehors de ces structures, nous sommes peu visibles car c'est une pratique qui se fait à l'intérieur. On travaille dans l'environnement de la personne et peut rembourser.  

MARIANNE : Comment ça se passe ? Est-ce qu'on est remboursé pour faire une séance d'ergothérapie ou un trajet d'ergothérapie ?  

BEATRICE : C'est très différent selon les modalités. Nous avons deux remboursements officiels dans l'assurance obligatoire, donc un parcours de réadaptation fonctionnelle pour un trouble neurologique ou locomoteur. Après être sorti de revalidation fonctionnelle et une prescription dans des cadres précis. Il y a un accès à de l'ergothérapie à domicile et l'autre accès c'est un parcours à domicile aussi pour les séquelles de Covid long et c'est donc une quinzaine de séances. Et vous voulez aussi travailler sur la prévention c'est ça ? Et donc nous en aimerait aussi travailler un petit peu plus sur la prévention et pas uniquement dans la rééducation et dans l'après problème de santé, oui, nous aimerions peut-être avoir des remboursements au niveau de l'assurance complémentaire pour des séances d'ergothérapie. Et on aimerait que ça puisse évoluer et mieux collaborer avec les services conseils des mutualités. C'est bien parce qu'on va justement en parler après avec un ergothérapeute de la mutualité. Et en Belgique, l'air de rien, il y a 16 000 ergothérapeutes.

MARIANNE : Donc, ce n'est vraiment pas rien.  

BEATRICE : Oui, c'est un gros chiffre, donc avec une répartition très différente entre Flandre et Wallonie. 12 000 ergots sont actifs en Flandre, 4 000 en Wallonie et à Bruxelles. Il y a plusieurs statuts d'ergothérapeute. On est indépendant, on est salarié. Comment ça se passe ? Alors, principalement, ce qui est connu, c'est le statut d'ergot salarié en hôpital ou dans une structure en maison de repos. Mais on peut aussi être indépendant et indépendant complémentaire ou à titre principal, travailler au sein d'une mutuelle en tant que salarié ou être enseignant.  

MARIANNE : Comment on devient ergothérapeute ?  

BEATRICE : Alors c'est une formation médicale d'une durée de trois ans dans différentes hautes écoles, à Bruxelles, en Wallonie et en Flandre. Et ensuite il faut obtenir un agrément des autorités publiques. C'est donc une profession qui est contrôlée, avec une formation et des compétences spécifiques.  

MARIANNE : Alors j'ai une question un peu bizarre pour toi Béatrice.  On sait que le boulanger, il fait du pain, le kiné, il fait des massages, plein d'autres choses bien sûr aussi. C'est quoi la technique de l'ergothérapeute ? Il fait quoi lui ?  

BEATRICE : Oui, c'est une question qu'on nous pose souvent parce qu'on n'a pas une image pour représenter l'ergot. C'est une question piège. Le boulanger fait du pain, le kiné a plein de techniques à sa disposition. L'ergot n'a pas spécialement de technique parce qu'en fait, il fait un peu de tout. Et c'est pour ça que ce métier n'est pas facile à comprendre. On en parlait au début. Et l'ergo, il s'adapte à la situation de chaque personne. Et dès que la personne a un problème de fonctionnement, l'ergot peut intervenir. Il va agir quand il y a une difficulté. Il est centré sur l'activité, sur l'occupation de la personne, sur sa qualité de vie.

MARIANNE : Est-ce que tu as des exemples de techniques utilisées ?  

BEATRICE : Justement, on va pouvoir varier à l'infini les techniques et les moyens mis à notre disposition. Comme on va travailler sur les objectifs, les besoins de la personne sur ses priorités, on peut proposer par exemple des travaux de rénovation pour adapter son logement, montrer des techniques alternatives pour réaliser une activité et donc on le fait réellement. Apprendre à s'habiller d'une seule main après un AVC, à manger d'une seule main, à conduire une voiture différemment. On peut aussi introduire des aides techniques, des couverts adaptés, des fauteuils adaptés, des logiciels de communication. On peut accompagner aussi la reprise d'un rôle social ou professionnel, aménager un poste de travail après une blessure et aussi entraîner à de nouveaux gestes ou des stratégies pour rester autonome, comme les techniques d'économie d'énergie pour une personne atteinte de sclérose en plaque ou avec une fibromyalgie ou d'autres problèmes d'énergie.  

MARIANNE : Tu parlais de reprise d'une activité sociale ou professionnelle aussi.

BEATRICE : C'est quelque chose qui vit beaucoup pour l'instant. On sait qu'en Belgique, il y a plus de 500 000 malades de longue durée avec vraiment une courbe qui ne cesse d'augmenter. Et on sait aussi qu'à terme, on va devoir de plus en plus combiner pathologie et travail, puisque la population vieillit, que les réformes de l'emploi ont fait que l'âge de la population active augmente.

MARIANNE : Et donc, est-ce que dans ce cadre-là, l'ergothérapie peut être un levier pour le retour au travail ?  

BEATRICE : Certainement. Donc, il y a déjà quelques ergothérapeutes qui travaillent dans ce domaine et on pourrait faire plus parce qu'il peut jouer un rôle clé dans l'identification et le renforcement des capacités restantes. Avec une approche qui est centrée sur la personne et pas sur la maladie, il pourrait nourrir le processus d'évaluation des capacités fonctionnelles. Donc] le potentiel de travail est amené de l'information adéquate aux différents médecins qui vont être responsables de la personne. Et donc nous on va se concentrer sur l'environnement. Contrairement aux médecins du travail, l'ergothérapeute va adopter une vision un peu plus large et prendre en compte aussi le domicile et les habitudes de vie qui vont influencer cette reprise du travail.  

MARIANNE : Est-ce que c'est un peu ce lien entre le domicile, l'environnement de la personne et sa reprise potentielle du travail qui fait cette plus-value de l'ergothérapeute ?  

BEATRICE : Oui, c'est exactement ça. C'est de pouvoir travailler, avoir cette vision large. Si ça se passe bien au niveau de l'environnement, si ça se passe bien au niveau de la santé mentale, le retour au travail va être facilité. On va amener des conseils et des facilitations auprès de la personne, et au niveau du médecin du travail, et au niveau de l'employeur aussi. C'est vrai que le quotidien va toujours impacter aussi une potentielle reprise du travail. Si à la maison ça ne fonctionne pas, que le sommeil ne fonctionne pas, qu'on n'arrive pas à se déplacer dans sa propre maison, c'est vrai que ça peut aussi impacter une reprise potentielle du travail.  

MARIANNE : Et vu qu'on parle de cette vision large, j'ose imaginer que vous avez aussi des contacts avec les autres prestataires de soins qui suivent une personne. Point de vue médical, il y a le neurologue, le médecin généraliste, l'infirmier à domicile, le psychologue j'imagine et puis au niveau social, est-ce que vous êtes aussi en contact avec les assistants sociaux ?  

BEATRICE : Oui, nous vraiment nous cherchons à avoir des contacts avec tout le réseau de la personne. On est formé à travailler en interdisciplinarité et l'ergo justement est souvent en coordination avec le réseau médical et social de la personne. On va chercher les informations auprès des infirmiers à domicile, des médecins, des kinés, des psychologues, des neurologues, des assistants sociaux et aussi les aides familiales qui passent beaucoup de temps avec la personne. Alors en hôpital ou en institution c'est plus facile parce que l'ergothérapeute a des contacts fréquents avec l'équipe et il a un accès au dossier médical facilité aussi. Dans les interventions à domicile, à l'école ou dans les quartiers, c'est plus difficile d'avoir accès au dossier médical, mais nous déployons pas mal d'énergie et on prend du temps justement pour rencontrer ce réseau, c'est essentiel. On a parlé tout à l'heure brièvement de prévention, mais comment l'ergothérapie s'inscrit vraiment dans une démarche préventive.  

MARIANNE : On a parlé du fait que ça permettait parfois d'éviter des institutionnalisations trop précoces pour des personnes qui auraient été peut-être dirigées directement vers une maison de repos. Elles peuvent rester à domicile plus longtemps, ça va peut-être aussi réduire le risque d'hospitalisation. Comment ça marche ?  

BEATRICE : On a cette démarche de prévention, déjà directement dans le métier d'ergo, prévention primaire, prévention secondaire. Et l'ergo va aider à réduire le risque d'hospitalisation, réduire les coûts de santé, parce qu'on tente d'améliorer la qualité de vie de la personne pour qu'elle puisse fonctionner le mieux possible et participer à la vie sociale qu'elle souhaite. Dans le cadre, par exemple, des maladies Alzheimer et maladies apparentées, nous allons faire de la détection de la fragilité et de la pré-fragilité. Nous allons aussi faire de la prévention primaire avec des sessions d'information dans les maisons médicales, dans les maisons de quartier, quand on nous appelle. Il s'agit de faire de la prévention à partir des activités de la vie quotidienne. Et donc on est régulièrement sollicité pour des informations, comment porter des charges lourdes, comment porter ses courses, éviter les chutes à domicile.  Ces séances se font aussi en collaboration avec d'autres professionnels bien sûr.  

MARIANNE : Merci Béatrice, on comprend vraiment mieux ce que c'est l'ergothérapie, comment ça marche en termes de prévention aussi. Et on a aussi à nos côtés Nathalie Delstanche. Nathalie, elle est ergothérapeute chez Partenamut Mutualité Libre. Bonjour Nathalie.

BEATRICE : Bonjour.  

MARIANNE : Nathalie, est-ce que vous êtes nombreux à faire ce métier au sein de la mutualité Partenamut?  

NATHALIE : Alors notre équipe, on est 15 ergothérapeutes, pas tous à temps plein. On couvre tout Bruxelles et la Wallonie et ça nous arrive parfois de même monter en Flandre pour nos clients qui auraient déménagé par là.On est une équipe qui voyage beaucoup, donc moi personnellement je couvre deux provinces, le Hainaut, une petite partie, et alors une partie du Brabant-Wallon également. Donc je fais pas mal de déplacements, ce qui est très intéressant parce que ça permet de rencontrer les personnes dans leur situation concrète.

MARIANNE : Et donc en général ça se passe comment ?  

NATHALIE : On va sur place une fois, deux fois parfois, on rencontre les fournisseurs directement chez les gens.  

MARIANNE : Les fournisseurs, les fournisseurs de ?  

NATHALIE : De matériel adapté. Nous on est vraiment centré sur le conseil en adaptation et en aide technique, donc on va vraiment répondre aux besoins de la personne et de leurs occupations, c'est-à-dire une personne qui rencontrerait une difficulté à réaliser sa toilette, son habillage, remplir le lave-vaisselle ou même tondre la pelouse. Nous, on part vraiment de ces occupations-là, de ces activités qui sont significatives pour eux, pour essayer de trouver des stratégies avec eux pour pouvoir continuer l'activité.  

MARIANNE : Pour bien comprendre, est-ce que tu peux nous parler d'une intervention que tu as faite récemment ou un peu moins récente, mais qui t'a particulièrement marquée ?  

NATHALIE : Je suis allée chez un couple où la dame a fait une hémorragie cérébrale. Elle est restée longtemps hospitalisée et malheureusement elle se déplace en chaise roulante et très très dépendante de son mari. Et pourtant monsieur voulait absolument pouvoir récupérer son épouse à domicile parce qu'ils ont un environnement social fort développé. Le problème c'est que la maison était totalement inadaptée. Il y avait plusieurs marches à l'entrée, la salle de bain était inaccessible et la chambre était à l'étage. Et donc ici ce qui m'avait vraiment marqué c'était ce besoin de garder le lien avec la famille, avec les amis, avec la communauté. Après tout cet accompagnement, je suis allée plusieurs fois, et entre autres avec des installateurs de rampes d'accès, on a aménagé justement l'accès à la maison. Et donc cette personne maintenant peut se rendre à l'église, mais également dans sa famille, avec sa chaise roulante. Et son mari est vraiment heureux de pouvoir de nouveau récupérer cette vie.

MARIANNE : C'est une sacrée belle histoire et ça me fait penser aussi à ce dont on parlait juste avant avec Béatrice, avec cette histoire de participation. Parce que dans le cas dont tu nous parles ici, c'est vraiment la personne qui a pu reparticiper à une partie de sa vie, son entourage, etc. Et c'est ça aussi qui était important pour eux. Finalement, ce n'était pas la limitation fonctionnelle qui était importante, c'est plutôt ce qu'on faisait après.  

NATHALIE : Oui, après une maladie, un accident, il y a un après. Et c'est ça que je pense que notre métier a vraiment cette valeur. Une maladie, un accident, il y a un après. Et c'est ça que je pense que notre métier a vraiment cette valeur du possible. C'est là-dedans qu'on est ancré, c'est de pouvoir donner la possibilité aux personnes de continuer à rêver et à pouvoir recommencer une vie là où elles s'étaient arrêtées à cause de la maladie ou de l'accident. C'est ça toute la richesse de notre métier, c'est vraiment de rendre tout possible.

MARIANNE : D'où elles viennent ces demandes d'intervention ? Est-ce que ce sont les gens eux-mêmes qui vous contactent ou ce sont les services sociaux qui vous contactent ?  

NATHALIIE : Oui, tout à fait. Nous, on a la chance d'appartenir à une mutualité, donc on a beaucoup de demandes qui viennent des organismes de la mutuelle, le service social, le centre de coordination, le centre d'aide aux familles également, le service location de matériel. Donc ça, c'est vraiment une porte d'entrée importante, mais on a les personnes aussi qui nous contactent d'elles-mêmes, que ce soit le proche ou la personne elle-même qui a entendu parler du service conseil. On a également les organismes subsidiants qui orientent les gens vers nous parce qu'on va vraiment prendre le temps d'analyser leurs demandes et de pouvoir envisager toutes les possibilités d'adaptation pour trouver vraiment ce qui coïncide avec le besoin de la personne et de son entourage.

MARIANNE : Et quel est le profil type de la personne que vous rencontrez ? Est-ce qu'il y a un profil type déjà ?  

NATHALIE : Alors, il n'y a pas vraiment de profil type. Vu qu'on part vraiment des difficultés de la personne, ça peut être vraiment toute personne, que ce soit un enfant, un ado ou une personne âgée. La majorité des gens qu'on rencontre ont quand même entre 50 et 80 ans, mais de temps en temps, on a quand même des enfants. Actuellement, j'accompagne une jeune fille de 15 ans et une jeune de 24 ans. On part vraiment d'une situation et pas d'une personne. Et même en fonction de la pathologie, même s'ils ont tous les deux la même pathologie, en fait les besoins sont tout à fait différents et l'environnement aussi dans lequel ils vivent. Et donc c'est toujours un challenge de trouver des adaptations qui coïncident pour chacun.  

MARIANNE : Tu parles des enfants, des ados, c'est quelque chose qu'on a brièvement abordé aussi juste avant. Est-ce que ça arrive souvent ? Toi tu es spécialisée aussi dans le suivi des enfants qui ont des troubles scolaires, c'est ça ?  

NATHALIE : Oui, tout à fait. Donc moi, je suis indépendante complémentaire en pédiatrie. J'ai la chance de coordonner également un groupe d'ergo qu'on appelle le groupe EPI, un groupe d'ergo indépendant, pour justement travailler cette cohésion et ce soutien entre professionnels. Dans les jeunes qu'on accompagne, moi particulièrement, c'est dès qu'il y a des difficultés d'apprentissage, c'est vraiment le besoin de base. Mais en général, quand on analyse un petit peu la situation, on se rend compte que c'est bien plus large que ça. Dans notre rôle d'ergothérapeute dans l'accompagnement d'enfants, c'est l'accompagnement scolaire, mais également aussi l'accompagnement des parents. Essayer de comprendre que quand on a difficulté à écrire, en fait c'est bien plus que l'écriture. Souvent il y a des problèmes pour organiser ses affaires, pour s'habiller, pour pouvoir frapper dans un ballon pendant le cours de foot. Ce qui est très riche dans notre métier, c'est qu'on va vraiment essayer de comprendre où est la problématique et donner des stratégies pour pouvoir trouver des solutions.  

MARIANNE : Et donc, il y a un accompagnement de l'enfant, mais il y a un accompagnement des parents et une collaboration active avec que ce soit l'instituteur ou l'animateur dans le club sportif. Et pour les personnes que vous accompagnez le plus souvent, on a parlé du profil type entre 50 et 80. C'est quoi les interventions type pour ces personnes-là ?

NATHALIE : Toutes les interventions possibles, ça peut être de l'adaptation de logement, c'est souvent ça. Donc les gens nous appellent souvent en demandant, voilà je n'arrive plus à rentrer dans ma baignoire et j'aimerais bien avoir une douche. Il faut savoir qu'il y a plein de possibilités d'adaptation. Il n'y a pas que la douche et on ne doit pas changer une baignoire si la personne aimait bien prendre un bain. Donc on va aussi entendre le besoin de la personne mais aussi de son entourage. On ne va pas enlever non plus la baignoire si la personne aidante aime bien l'utiliser. Ce qui est très intéressant, c'est vraiment d'abord de faire le tour de la situation et de comprendre là où il y a les difficultés. Et puis sur base de ça, on va réfléchir avec la personne et ses aidants proches à se dire, tiens, qu'est-ce qu'on pourrait mettre en place ? Alors parfois, ça va juste à des petites aides techniques, un couvert adapté ou apprendre à faire autrement aussi en utilisant des stratégies qu'on peut leur apprendre. On peut leur donner aussi des conseils pour éviter les chutes parce que malheureusement à domicile quand on est en perte de mobilité ça peut arriver. On peut également avoir des plus gros aménagements et donc là on les accompagne pour trouver des entrepreneurs pour pouvoir établir des devis, on fait des plans, suivre les travaux j'imagine aussi. Voilà aussi tout à fait. C'est important en fait de faire appel à plusieurs corps de métier pour justement leur permettre de réfléchir au projet. On ne modifie pas un environnement proche comme ça sur un coup de tête. Il faut vraiment prendre le temps de bien réfléchir pour être sûr que ce soit adapté à long terme. Tout ça, ce sont vraiment des aides très concrètes. Mais à côté de ça, il y a aussi tout le volet psychosocial parce que quand quelqu'un perd son autonomie, elle perd aussi parfois une place un peu dans sa famille, une place d'époux, une place de parents.  

MARIANNE : On en parlait avec le cas tout à l'heure, une place dans le cercle social. Comment vous gérez ces aspects un peu connexes à la perte d'autonomie ?

NATHALIE : Une personne qui tombe malade ou qui a un handicap impacte son environnement proche et son environnement social. Nous, on est vraiment là aussi pour accompagner les aidants. C'est pour ça aussi que Partenamut soutient beaucoup les aidants proches pour aider justement à trouver des pistes et écouter aussi le besoin de chacun. J'ai eu la chance, enfin la chance, en tout cas c'était vraiment un beau moment en visite à domicile. Je suis allée chez une dame qui avait un cancer très lourd et qui avait vraiment vécu un passage difficile dans sa vie, qui était très très active. Et là elle était dans une période où elle était vraiment très mal à se sentir inutile. Et alors la peur du regard des autres aussi. Et je voyais sa fille qui était présente complètement désemparée, sans savoir comment aider sa maman, avec ce souhait de surprotection aussi, après ce qu'on a passé, c'est parfois difficile. J'en ai encore des frissons maintenant parce que c'était vraiment un moment d'écoute, d'accompagnement, de partage aussi, de réorientation, de pouvoir leur dire qu'il y avait des solutions, qu'il y a des SBL qui existent pour les accompagner, qu'elles ne sont pas seules et que chacune aussi a ses propres besoins. Outre le conseil en adaptation, parce qu'effectivement, il y avait des difficultés pour elle se lever de la toilette ou monter les escaliers. Il y avait aussi toute cette écoute, cet accompagnement en disant j'entends bien ce que vous avez vécu, mais la vie continue et c'est maintenant la vie. Et c'est ça qui est important. Tu es immergée dans le quotidien des gens, dans leur environnement aussi. Est-ce que ce n'est pas aussi un peu ça le fil rouge du métier ici ? Oui, effectivement, l'aménagement du domicile nous oblige à aller rencontrer les personnes chez elles.  C'est là qu'est toute la richesse. Moi, je suis tombée dedans il y a 20 ans et depuis, je ne sais plus voir la personne sans son environnement. C'est là qu'on rentre vraiment dans l'intimité de ces personnes. On comprend mieux vraiment les barrières, mais aussi les facilitateurs. On comprend aussi l'attachement à leur environnement. Moi personnellement j'ai du mal à pouvoir accompagner si je n'ai pas cette vision de l'environnement mais c'est possible dans certains cas comme dans le cas de la prime à l'aménagement de partenariat de 350 euros pour les personnes de plus de 65 ans. Les gens sont obligés de nous contacter pour nous dire voilà la difficulté. Ce qu'il y a c'est qu'on a énormément de demandes et qu'on n'est qu'une équipe de 15 personnes et donc pour certaines tâches, certaines demandes vraiment plus urgentes comme voilà elle n'arrive pas à se lever la nuit pour aller à la toilette et elle aurait besoin d'une chaise percée. Mais à ce moment-là on peut faire du conseil à distance. Mais si lors de la détection on se rend compte qu'il y a d'autres difficultés qui se présentent alors on fixe un rendez-vous. Et là l'ergothérapeute se déplace gratuitement chez eux pour pouvoir faire le tour de la situation.  

MARIANNE : La séance elle est gratuite ?  

NATHALIE : Elle est gratuite pour les affiliés par Partenamut partout en Wallonie et à Bruxelles. En Wallonie, on a la possibilité d'être ouvert à tous parce qu'on est subsidié par l'AVIQ, l'agence pour une vie de qualité. Là, peu importe l'âge, ils peuvent bénéficier d'un conseil en aménagement et du passage de l'ergothérapeute.  

MARIANNE : Tu enseignes aussi l'ergothérapie, c'est une autre facette de ton métier. C'est quoi les types d'étudiants que tu rencontres ? Ils sont comment les étudiants qui veulent devenir ergothérapeutes ?  

NATHALIE : On a vraiment une population très variée. On a des étudiants qui prennent vraiment la voie de l'ergothérapie parce qu'ils ont eu la chance de pouvoir rencontrer des ergothérapeutes dans leur parcours de vie. Un ergothérapeute qui est passé pour la grand-mère ou eux qui sont passés par le service de revalidation et qui ont rencontré des ergothérapeutes. Mais on a également des étudiants qui arrivent un peu par hasard, qui choisissaient peut-être la voie de la kinésithérapie et finalement il n'y avait plus assez de place. Ils viennent en ergothérapie et découvrent le métier. Ils sont assez étonnés et en fait deviennent des très bons ergothérapeutes. J'en ai eu la preuve ici au mois de juin en discutant avec certains étudiants qui eux ont dit « mais maintenant en fait je suis ergothérapeute » et se sont vraiment ancrés là-dedans. Et alors on a aussi pas mal d'étudiants en réorientation professionnelle qui étaient dans le secteur peut-être plus commercial et qui ont décidé de prendre cette voie aussi par des parcours de vie. C'est vraiment très riche en fait. On a vraiment une population très variée et ici c'est assez impressionnant. On a presque 200 étudiants qui se sont inscrits cette année. On a eu une explosion d'inscriptions. Après c'est aussi un métier qui est résolument positif puisque c'est toujours la recherche de solutions.

MARIANNE : Donc c'est aussi agréable j'imagine de voir finalement quelles sont les capacités restantes de la personne pour l'aider à arriver à faire quelque chose. Donc c'est aussi résolument positif comme métier.  

NATHALIE : Oui, ce qui est très chouette dans le métier, c'est que c'est très concret, vu qu'on est axé sur les activités de la vie quotidienne. Et c'est un métier qui est vite reconnu par les patients, les personnes qu'on accompagne, parce qu'on arrive avec des solutions. Et ces solutions, elles se construisent et elles sont à chaque fois sur mesure. C'est vraiment ça qui est enrichissant.  

MARIANNE : Super, on va clôturer avec ce message positif ce podcast. Je voudrais vraiment vous remercier, Béatrice, Nathalie, pour tout ce que vous nous avez appris sur l'ergothérapie. En tout cas, clairement, c'est un vrai accompagnement humain qui redonne de l'autonomie, de la confiance. Et j'ose imaginer pour pas mal de personnes qui ont suivi des séances d'ergothérapie, un nouvel élan aussi. Et donc j'ai envie aussi de conseiller nos auditeurs, si vous voulez en savoir plus sur l'ergothérapie ou découvrir les aides proposées par Partenamut Mutualité Libre, rendez-vous sur leur site www.partenamut.be ou contactez les services de votre mutualité.

Merci à tous de nous avoir écoutés. N'oubliez pas de nous laisser un petit commentaire et rendez-vous prochainement pour un nouvel épisode du podcast des Mutualités Libres.