Organisation des soins

Des objectifs de santé en ligne de mire

L'utilisation d'objectifs dans les politiques de soins de santé gagne du terrain en Europe et dans le monde. De plus en plus de pays adoptent cette approche, définissant des objectifs de santé et élaborant des plans pour les atteindre. La Belgique ne fait pas exception à cette tendance. En 2021, un groupe de travail dirigé par Ann Ceuppens, Directrice Représentation et Études pour les Mutualités Libres, a été mis en place par l'INAMI pour définir les objectifs prioritaires en matière de soins de santé lors d’une réflexion pour une nouvelle approche pluriannuelle. Dernièrement, une commission dédiée aux "objectifs de soins de santé" a été officiellement créée. Ann Ceuppens nous en parle… 
 

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Ann Ceuppens

Pourquoi adopter une approche axée sur les objectifs de santé ?

La fixation d'objectifs de santé et de soins de santé est cruciale pour coordonner, soutenir et orienter la politique de santé d'un pays. Ces objectifs servent de guides pour les politiques santé, établissant des priorités, évaluant les performances des systèmes de santé et favorisant l'engagement tous les acteurs, à tous les niveaux : politique, administratif et opérationnel.


 

Cette approche s'inscrit dans le principe de "Health in all policies", reconnaissant que la santé est liée à des domaines tels que le logement, l'éducation, le climat, l’environnement... En tant qu'organisme assureur, nous plaidons en faveur d'une vision globale de la santé, soutenue par des objectifs transcendant les différents niveaux de pouvoir et le seul secteur des soins.

 

Citation de Dr Ann Ceuppens - objectifs de santé

On comprend vite que la santé s’inscrit dans un cadre plus large. Par exemple : une récente étude des Mutualités Libres a démontré une corrélation entre les espaces verts et la consommation de soins de santé. Les personnes vivant dans des quartiers avec plus de 30 % de couverture arborée consultent moins fréquemment leur médecin généraliste. Autre exemple : le surpoids et l'obésité chez les jeunes, aussi à l’origine de maladies chroniques, sont liés à l'éducation pour la promotion de la santé à l'école, à l’aménagement du territoire avec la présence de parcs ou d’aires de jeux, à la prévention…  

Est-ce une nouvelle approche ? 

C'est un engagement qui nous anime depuis plusieurs années. En 2017, nous avons organisé un symposium sur ce sujet. Un 1er pas a ensuite été réalisé lorsque les objectifs proposés dans notre vision de la santé 2019-2023 ont été repris dans le précédent accord de gouvernement. Depuis, le travail s’est poursuivi, avec les enseignements de la crise COVID. Nous avons établi de nouveaux objectifs de santé pour soutenir la prochaine législature. Chacun d’eux s’inscrit dans une vision à l’horizon 2030. 

  • Réduction des inégalités de santé : réduire l’écart d’espérance de vie en bonne santé de 20 % entre la catégorie la plus favorisée et la moins favorisée  
  • Augmentation du nombre d’années de vie en bonne santé : intégrer le top 5 européen  
  • Part de la population en invalidité : inverser la tendance  
  • Réduire le taux de mortalité évitable de 10 %  
  • Personnel soignant : augmenter le nombre d’emplois de 37 % par rapport à 2022  
  • Climat : rendre le système de santé résilient face au changement climatique 

Plus d’infos sur ces objectifs : 

consultez le mémorandum des Mutualités Libres (page 7)

 

Y a-t-il d’autres avantages à développer ces objectifs de santé ?  

Le développement d'objectifs de santé présente plusieurs avantages. Les objectifs permettent d'analyser les tendances passées et futures, fournissant ainsi un point de référence basé sur des preuves scientifiques solides. Ils devraient clarifier les priorités des politiques de santé et favoriser une meilleure compréhension des actions entreprises. 

Pour les parties impliquées, ces objectifs facilitent l'élaboration de plans d'action et la vérification des progrès grâce à des indicateurs de performance. Ils invitent les acteurs à regarder dans la même direction. Enfin, ces objectifs servent d'instrument de communication, plaçant la santé au cœur des débats politiques et citoyens.

Comment cela se concrétise-t-il dans l'organisation des soins de santé ?  

Il est impératif d'assurer la durabilité du système de santé tout en répondant aux besoins de la population. Le paysage des soins de santé étant fragmenté, il est crucial d'optimiser les ressources disponibles en mettant l'accent sur les gains de santé pour la population. Établir des priorités de soins de santé est donc nécessaire. Une approche basée sur une vision globale à long terme, étayée par des données et centrée sur la réalisation d'objectifs répondant aux besoins réels de la population, est essentielle.

Nous saluons la mise en place prochaine de la "Commission objectifs de soins de santé", un 1er pas dans la bonne direction pour adopter cette approche globale. Cette commission aura pour mission de définir scientifiquement des objectifs de soins de santé en fonction des besoins de la population, de les évaluer et de mettre en œuvre des actions spécifiques. Composée de nombreux acteurs tels que des scientifiques, des administrations fédérales, des représentants des entités fédérées , des prestataires de soins et des organismes assureurs dont les Mutualités Libres, elle favorisera la coordination sur les défis communs. La présence des entités fédérées dans cette commission permettra de se coordonner sur les mêmes défis.

Quels seront les défis majeurs de cette commission ?

Il est essentiel que la commission intègre les aspects scientifiques et la réalité du terrain. Ce ne sera pas un exercice facile. L'harmonisation des approches scientifiques et opérationnelles est nécessaire pour élaborer des politiques cohérentes. La concertation sera également un défi majeur : il est crucial de définir les actions en collaboration avec les acteurs sur le terrain pour qu'elles correspondent aux objectifs de soins de santé et suscitent l’adhésion de tous. Nous plaidons donc pour le respect des rôles des acteurs et des organes de concertation.

Quel sera le rôle des Mutualités dans cette commission ?

Le rôle des Mutualités sera de partager leur expertise et les besoins de leurs membres pour contribuer à la vision globale pluriannuelle. En tant que cogestionnaires du système de santé, nous devrons évaluer la viabilité budgétaire et contribuer à déterminer les actions qui font évoluer la santé publique. Nous représentons nos affiliés tout en veillant à la qualité et à l'accessibilité du secteur des soins de santé. Il s’agira enfin d’évaluer l’impact des actions entreprises et de s’assurer qu’elles répondent toujours aux objectifs.

Les Mutualités Libres s'engagent pleinement dans cette nouvelle aventure, portées par la conviction que chaque pas contribue à édifier un projet durable pour la santé.