Près de 20 % des Belges fument encore. Chaque année, 14 000 personnes perdent la vie à cause du tabac, soit 40 personnes chaque jour et 300 000 autres souffrent d’une maladie liée. Le tabac constitue pourtant la principale cause de décès évitable. 

Ces dernières années les politiques antitabac ont été renforcées. En 5 ans, notre pays a gagné 7 places dans le baromètre européen « Tobacco Control Scale » qui classe les pays en fonction de l’efficacité de leur politique en la matière. Si nous occupons désormais la 10ème place, c’est notamment grâce à l’adoption d’une série de dispositions légales comme l'introduction de paquets de cigarettes neutres ou l'interdiction de fumer en voiture en présence de mineurs. D’autres décisions plus récentes n'ont pas (encore) été prises en compte par ce classement : l'interdiction totale de la publicité sur les façades des librairies et des bureaux de tabac ainsi que de nouvelles augmentations des accises. 

A première vue, une dixième place semble acceptable, mais le piètre score de 58 % signifie qu'il reste beaucoup à faire. Notons à ce propos que la diminution du nombre de fumeurs en Belgique est moins forte qu'il y a quelques décennies. Ne nous voilons pas la face, nos décideurs politiques ont encore du pain sur la planche… La faible part du budget total des soins de santé dédiée à la prévention (2,2 % seulement) entrave la mise en œuvre d’une politique efficace. L’enquête Tobacco Control Scale montre les domaines dans lesquels la Belgique doit entreprendre des actions spécifiques, tant en termes de législation que de politique générale de prévention.

Il est désormais clair que voir fumer, fait fumer. Ce principe s’applique en particulier aux jeunes. C’est pourquoi nous plaidons pour des dispositions légales plus restrictives afin de supprimer par exemple les espaces fumeurs sur les lieux de travail et dans l’horeca. Ensuite, il est nécessaire d'interdire totalement la publicité pour les produits du tabac et les articles pour fumeurs. Il faut une interdiction d’étalage dans les points de vente. De plus, le gouvernement devrait également se concentrer sur le monde digital. Il est clair que le champ d'action de l'industrie du tabac se déplace vers les médias digitaux et sociaux, où des influenceurs font souvent subtilement le placement de produits du tabac. Ils normalisent ainsi la consommation de tabac pour un large public. Enfin, nous plaidons pour une interdiction de la vente de produits du tabac dans des distributeurs.

Pour une politique de prévention efficace, il est indispensable de miser sur les connaissances en santé des citoyens. Les jeunes constituent un groupe cible important, spécifiquement pour la prévention du tabagisme. 90% des fumeurs ont consommé leur première cigarette avant l’âge de 21 ans. Nous devons investir dans le renforcement de leurs compétences pour trouver, comprendre, évaluer et appliquer les informations sur la santé. De cette manière, les jeunes seront en mesure de faire des choix éclairés concernant leur santé et leur bien-être. Un choix éclairé pourrait entraîner une diminution du nombre de fumeurs. La recherche montre qu’il est important de miser sur les sentiments et les normes sociales existantes pour convaincre les jeunes. Les ministres régionaux/ communautaires de la Santé, de l'Enseignement, de la Jeunesse, de la Culture et des Sports devraient déployer conjointement une politique intégrée de prévention du tabagisme spécifiquement orientée vers les jeunes. Le ministre du Bien-être doit, pour sa part, assumer un rôle de coordination afin d’inscrire les actions spécifiques des différents ministres  dans une politique structurelle et soutenir ainsi le mouvement citoyen « Générations sans Tabac ».

De plus, nous encourageons les autorités belges à s'engager dans un vaste plan politique intégré. Par exemple, en formulant des objectifs communs et en travaillant à un plan d'action aligné. Réduire le nombre de fumeurs à 15 % d'ici 2025 nous semble être un objectif ambitieux mais réalisable. 
Les points d'attention spécifiques pour y parvenir seraient notamment l'attention portée aux initiatives législatives (voir les propositions ci-dessus), une augmentation permanente des prix via la politique des accises, une sensibilisation, une communication et une éducation renforcées, ainsi que la promotion et la diffusion accrues d’accompagnements à l’arrêt tabagique et de médicaments spécifiques. Les différentes organisations concernées s'engagent à mener des actions concrètes. Ainsi, en tant que mutualité, nous pouvons poursuivre notre travail de sensibilisation, d’information et de développement des compétences en santé de nos membres. Les Mutualités Libres sont en tout cas prêtes à relever ce défi et à œuvrer en faveur d'une Société sans tabac pour tous.

Xavier Brenez    
Directeur général