24/01/2022

Comment la dépression de l'adolescent est-elle suivie et traitée ? Combien d'entre eux prennent-ils des antidépresseurs ? Qui les prescrit ? Est-ce toujours recommandé ? Dans un contexte qui rappelle jour après jour la nécessité de prendre en charge la santé mentale de nos jeunes, les Mutualités Libres proposent une nouvelle analyse qui décortique la prise en charge des troubles de  santé mentale chez  les adolescents.

La  dépression est encore (trop) sous-diagnostiquée chez les adolescents, en partie à cause des changements d'humeur et de l'irritabilité qui accompagnent cet âge. La prévalence de la dépression des adolescents est par conséquent difficile à établir et variable d'une étude à l'autre. On estime que 4 à 19 % des jeunes sont touchés par la dépression. Notre étude porte sur le groupe d'âge des 12-18 ans, affiliés aux Mutualités Libres, et se base sur leurs données de remboursement de l'assurance obligatoire pour les années 2018, 2019 et 2020.

L'utilisation d'antidépresseurs de nos affiliés adolescents est généralement faible mais augmente progressivement avec l'âge. 1,1% des adolescents pris en compte dans notre étude utilisent des antidépresseurs. Les filles sont deux fois plus touchées que les garçons : 1,4% des filles pour 0,7% pour les garçons en 2020. L'usage d'antidépresseurs augmente avec l'âge : pour 2020,  environ 1 utilisateur sur 200 pour les 12-14 ans et environ 1 sur 50 pour les 17-18 ans.

Types d'antidépresseurs

Comme le souligne le Centre belge d'information pharmacothérapeutique (CBIP), peu d'antidépresseurs ont fait la preuve de leur efficacité chez les enfants et les adolescents souffrant de dépression. Dans 60 % des cas d'utilisation d'antidépresseurs par les 12-18 ans, nos données de remboursement montrent que les molécules les plus utilisées sont la Sertraline, l’Escitalopram et la Trazodone.

Les travaux scientifiques montrent que les antidépresseurs peuvent avoir différentes indications. D’une part, ils servent à traiter la dépression et les études montrent que seule la Fluoxétine est recommandée chez les jeunes dans ce cas-là (elle est la molécule la plus étudiée et il a été démontré que les autres molécules actives peuvent avoir des effets secondaires graves, comme une augmentation accrue du risque de suicide). D’autre part, les antidépresseurs sont également utilisés pour traiter des troubles anxieux, tels que les TOC, pour lesquels des molécules autres que la Fluoxétine, la Sertraline par exemple, se sont révélées efficaces dans une population non-adulte. C'est, entre autres, ce qui peut expliquer la faible prescription de Fluoxétine observée parmi les jeunes dans cette étude.

Durée d'utilisation et prescripteurs

Contrairement aux recommandations dans le domaine, la consommation d'antidépresseurs chez les jeunes de 12 à 18 ans est généralement de trop courte durée. 6 ados sur 10 (62,03 %) ont consommé des antidépresseurs moins de 6 mois en 2020, et ce, alors que l'Organisation mondiale de la santé, notamment, recommande une utilisation de 6 à 9 mois. Par ailleurs, 1 ado sur 4 consomme des antidépresseurs pendant une durée inférieure à 1 mois.

Qui prescrit les médicaments aux adolescents ? La majorité des ados ont obtenu leur première ordonnance par l'intermédiaire de leur médecin généraliste (45 %) ou leur psychiatre (42 %). Une plus petite proportion de jeunes se sont vus prescrire un antidépresseur via un neurologue (6,7%) ou un pédiatre (2,6 %).

Suivi psychologique

3 % des 12-18 ans font appel à la psychothérapie et à l'aide psychologique. Parmi eux, il y a plus de garçons que de filles utilisant la psychothérapie. Les plus grands bénéficiaires se retrouvent dans la tranche d’âge des 15 à 16 ans. Parmi les utilisateurs de psychothérapie, 1 sur 5 consomme également des antidépresseurs.

En faisant l'analyse des admissions en psychiatrie, notre étude montre que parmi les utilisateurs d'antidépresseurs, 1 ado sur 5 a eu au moins un jour d'hospitalisation en psychiatrie.

Recommandations

Pour agir sur les troubles dépressifs des jeunes, nous recommandons de renforcer la prévention en priorité. La psychoéducation doit faire partie d’un processus de prise en charge globale: elle consiste à dispenser de l'information aux 12-18 ans sur la prévention, sur les troubles de santé mentale et leur traitement. Plusieurs études préconisent par exemple l'instauration de cours sur la santé mentale en milieu scolaire pour améliorer les compétences des adolescents. Ces cours viseraient à apprendre aux adolescents les facteurs favorisant une bonne santé mentale, de les familiariser avec les troubles mentaux fréquents et leurs traitements éventuels. Ils seraient aussi un moyen de travailler sur la stigmatisation et de les informer sur les aides disponibles. Une version digitale (applications, sites web dédiés, campagnes sur les réseaux sociaux) de ces actions de psychoéducation est aussi à envisager pour toucher plus facilement ce public, au-delà des heures scolaires.

De plus, avant de commencer la prise d'antidépresseurs, nous préconisons en priorité la psychothérapie ou l'aide psychologique, qui sont les moyens les plus sûrs de traiter la dépression des jeunes. Même si des exceptions doivent être envisagées lorsque le traitement médicamenteux immédiat semble nécessaire. Les chiffres de notre étude montrent que le recours à la psychothérapie ou l'aide psychologique est assez faible. Récemment, des initiatives ont été prises pour un meilleur remboursement des soins psychologiques de première ligne. En assurance complémentaire, nos mutualités Partenamut et Freie Krankenkasse interviennent dans le remboursement de séances de psychologie et via une ligne d'écoute et de soutien pour tous problèmes psychologiques. Nous sommes favorables à encore plus les promouvoir. Il est en effet essentiel de mieux informer toute la population et le public des adolescents et leurs parents, en particulier.

 

Contact presse : Conrad van de Werve - conrad.vandewerve@mloz.be - 0477 87 74 44

Découvrez l'étude complète ici