23/09/2021
L'impact de la Covid-19 oblige à repenser les soins de santé de demain

Avec plus de 25.000 décès en Belgique, on se souviendra probablement de la Covid-19 comme le tournant sanitaire du siècle. En effet, l'impact de la pandémie pourrait dépasser de loin le bilan direct déjà dramatique. La Covid-19 a également eu un impact significatif sur notre système de soins de santé. C'est ce qui ressort de la nouvelle étude des Mutualités Libres, basée sur les données de remboursements de prestations de soins de santé et d’utilisation de médicaments des personnes souffrant de pathologie chronique.

Sans surprise, les contacts physiques avec la médecine générale et spécialisée ont été particulièrement touchés par les deux vagues de la pandémie, mais la première (mars-avril 2020) a eu des conséquences plus importantes que la seconde (à partir de septembre 2020) : diminution de 27% des consultations physiques en mars 2020, de 63% en avril 2020 et de 39% en mai 2020, tandis qu’elle a été limitée à 20% pendant le dernier trimestre de 2020 par rapport à 2019. Les reports de consultations physiques ont été plus marqués chez les médecins spécialistes que les généralistes. Entre les deux vagues de la pandémie (de juin à septembre 2020), avec l’affaiblissement de l’épidémie, on observe une certaine reprise du niveau de consultations physiques.

Téléconsultations

Les soins à distance par téléphone ou vidéo remboursés dès le début du premier confinement (mi- mars) ont clairement permis de compenser l’impact de la Covid-19 sur les contacts avec le médecin généraliste et spécialiste. Ce qui a permis d'assurer une continuité de soins aux malades chroniques.  En effet, près de la moitié des contacts physiques reportés ou annulés pendant la première vague de la pandémie a été résorbée grâce aux téléconsultations. A partir de juin, les contacts à distance ont compensé l’entièreté des reports (ou annulations) des contacts physiques.

Consommation de médicaments

Le report ou l’annulation de contacts avec un prestataire de soins, bien visible lors de la première vague, n’a pas eu d’impact sur les délivrances de médicaments en officine publique aux personnes souffrant de pathologie chronique. En effet, l’important approvisionnement de médicaments au mois de mars 2020 et les soins à distance ont permis aux malades chroniques de poursuivre leur traitement médicamenteux normalement pendant cette période.
Un constat important et inhabituel en Belgique, tant pour les malades chroniques que non chroniques, est la diminution de l’utilisation de l’antibiothérapie et des anti-inflammatoires non stéroïdiens. Ce phénomène a également été observé dans d’autres pays tels que la France. Le nombre de vaccinations contre la grippe a par contre augmenté de 33% au dernier trimestre 2020 par rapport à la même période de l’année précédente.

Hospitalisations et urgences

Non surprenant également, la pandémie de 2020 a eu un impact significatif sur les admissions à l’hôpital :  la baisse du nombre des séjours avec au moins une nuitée a été de 22% en mars, de 49% en avril et de 37% en mai par rapport à l’année précédente. Pour les hospitalisations de jour, elle a été de 15% en mars, de 46% en avril et de 27% en mai par rapport à 2019. Les services hospitaliers les plus impactés ont été : pédiatrie, neuropsychiatrie, diagnostic et traitement chirurgical, diagnostic et traitement médical.

Un constat inquiétant est de voir que les admissions pour des soins urgents (accident vasculaire cérébral, traitement d’arythmie cardiaque et prostatectomie) ont également été touchées par la pandémie. Pour les urgences hospitalières, la diminution a été d’environ 25% au cours des deux vagues de la pandémie (mars à mai 2020 et octobre à décembre 2020) par rapport à 2019. Entre les deux vagues de la pandémie (entre juin et septembre 2020), la diminution du recours aux urgences a été de 13% par rapport à 2019.

Recommandations

Pour faire face aux besoins des patients chroniques en cas de nouvelle pandémie, les Mutualités Libres recommandent que l'ensemble des acteurs de la santé mettent sur pied une planification précise ("plan pandémie") de ces besoins et prévoient des mesures claires.
Les soins d'urgence ne devraient pas être retardés par crainte des risques de morbidité ou de mortalité liés à la Covid-19. Il est en effet important de veiller à ce que les services de santé existants continuent de fonctionner pour éviter des conséquences sanitaires qui pourraient être pires que l'épidémie elle-même. Pour les Mutualités Libres, une des priorités est notamment de continuer à assurer les dépistages et le suivi des cancers et des maladies cardiovasculaires.

En tant qu'organisme assureur, nous insistons également pour multiplier les actions de sensibilisation et de littératie en santé auprès des patients chroniques, en matière de gestion et de connaissance de leur maladie. Et ceci, afin d'éviter les risques associés à un retard de prise en charge, notamment en cas d'urgence ou de maladie grave.

Enfin, pendant la pandémie, les soins à distance par téléphone ou vidéo ont permis d'assurer une bonne continuité de soins pour certains types de consultations. Même en contexte hors pandémie, il faut permettre les téléconsultations grâce à un cadre légal clair garantissant la qualité et la sécurité des soins. En effet, un support continu par téléphone ou vidéoconférence devraient être disponibles pour assurer une continuité de soins aussi bien pour les malades chroniques que les personnes non atteintes de pathologie chronique.

Contact > Conrad van de Werve, contact presse pour les Mutualités Libres, 0477/877 444 ou conrad.vandewerve@mloz.be

Découvrez l'étude ici