Nous nous pencherons bientôt tous sur les rétrospectives de 2019. C'est sûr que l'on y trouvera l'histoire de la petite Pia. Tout comme Victor et Elias il y a quelques années, à nouveau une histoire déchirante de parents qui sont confrontés à un médicament excessivement cher qui peut aider leur enfant. De tels dossiers montrent le défi que représentent ces nouveaux médicaments et leur coût exorbitant pour la viabilité financière des systèmes de santé européens. Pour la solution, tout le monde a le regard tourné vers l'Europe. Mais que peut-elle faire ?

En 2017, l'Inami a dépensé 4,32 milliards d'euros en médicaments. Cette même année, les médicaments représentaient dans les pays de l'OCDE près de 20 % de l'ensemble des dépenses en soins de santé. Stella Kyriakides, la nouvelle Commissaire européenne à la Santé, a été chargée via une Mission Letter de la Présidente de la Commission, von der Leyen, de garantir la disponibilité des médicaments abordables financièrement au sein de l'UE. Le fait que Kyriakides est aussi censée soutenir en même temps l'industrie pharmaceutique européenne illustre bien la difficulté de cette mission : concilier les intérêts des patients et les intérêts économiques de l'UE.

Or, tout le monde est d'accord que les choses doivent changer. La Résolution du Parlement européen pour un meilleur accès aux médicaments de 2017 stipule que " les produits pharmaceutiques constituent l'un des piliers des soins de santé et non uniquement l'objet d'échanges commerciaux; que l'accès insuffisant aux médicaments essentiels et les prix élevés des médicaments innovants remettent profondément en question la viabilité des systèmes de santé nationaux ".

Collaboration renforcée

Que doit-il dès lors se passer ? Pour réduire le coût des médicaments, les Etats membres de l'Union européenne devront davantage collaborer. C'est pourquoi l'initiative BeNeLuxA avec la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg et l'Autriche a été lancée il y a quelques années. En 2018, l'Irlande a également rejoint cette initiative. Le but de cette collaboration ? Augmenter l'efficience de l'évaluation et renforcer les processus de la fixation des prix et des remboursements. En 2018, ces pays ont lancé l''International Horizon Scanning Initiative' pour collecter des données et des informations concernant des médicaments ou de nouvelles indications. Ils essaient ainsi d'évaluer les coûts potentiels pour l'assurance maladie et l'impact possible sur les soins. Entretemps, neuf pays se sont ralliés à cette initiative. Les Etats-membres de l'UE se rendent compte de plus en plus qu'ensemble, ils ont une position plus forte de négociation. La Belgique aussi. " Aujourd'hui, c'est surtout la loi du marché qui joue. A l'avenir, nous devrons véritablement rassembler nos forces si nous voulons mieux maîtriser les prix et donner plus de poids aux pays dans les négociations", affirme Virginie Millecam de la Commission de Remboursement des Médicaments (CRM) ce mois-ci dans le magazine Health Forum. Des efforts supplémentaires sont toutefois nécessaires afin de renforcer l'utilisation du Health Technology Assessment (HTA) dans l'UE ainsi que la collaboration entre les différentes agences HTA en Europe.

A l'occasion des élections européennes plus tôt cette année, les mutualités belges avaient publié ensemble un Mémorandum. L'accès à des médicaments abordables sur le plan financier en Europe y constitue l'une des principales priorités. Plus de transparence autour des mécanismes de fixation des prix est une première étape essentielle : autour de la proportion de moyens publics dans la recherche biomédicale, la structure des coûts d'un médicaments et les prix que paient les autorités nationales pour des médicaments (y compris les ristournes convenues). La Base de données Euripid constitue un premier pas dans la bonne direction, mais le rapport du Parlement européen indique à juste titre qu'Euripid ne donne pas suffisamment d'informations sur le coût réel. Des efforts supplémentaires au niveau européen sont donc nécessaires.

La réforme de la protection de la propriété intellectuelle est une deuxième étape importante, car elle joue un rôle de taille dans la régulation des prix sur le marché. Une définition claire de l''added therapeutic value' par la Commission européenne serait aussi la bienvenue. En outre, l'Europe doit réfléchir à des modèles de financement alternatif pour les médicaments. Les systèmes de sécurité sociale en Europe, et particulièrement ceux de l'assurance maladie, sont sous pression. En 2016, le Centre fédéral d'expertise des soins de santé (KCE) a publié l'étude 'Future scenarios for drug developments and drug prices', qui proposait des scénarios alternatifs, allant de partenariats publics-privés au développement de médicaments avec des moyens publics.

Justes prix

Mais la plus grande priorité aujourd'hui est la fixation des prix. Non seulement les prix élevés soulèvent des questions. Mais il n'y a plus moyen aujourd'hui d'encore expliquer la différence de coût entre les Etats membres au citoyen européen. Selon une analyse de l'Université Erasmus de Rotterdam, l'industrie pharmaceutique est, avec 20% de bénéfices, l'activité la plus rentable dans notre économie. Les banques suivent sur la deuxième marche du podium avec 'seulement' 10 %. D'où l'appel à réfléchir à la fixation d'un 'prix juste' au niveau européen. C'est un prix maximum pour un nouveau médicament, tenant compte d'une série de paramètres. L'Association internationale de la mutualité (AIM), dont sont membres les mutualités belges, a développé une proposition concrète à ce sujet. Elle a présenté ce modèle le 4 décembre au Parlement européen, en présence d'experts et de représentants de la Commission européenne. Les éléments pour le calcul d'un tel prix juste sont notamment les coûts réels pour la recherche et la production, les plafonds pour les coûts de marketing (20 %) et la marge bénéficiaire (8 %), et un bonus qui tient compte de l'innovation que représente le médicament. Les premières réactions sont déjà positives.

Bonnes résolutions

De nombreux Etats membres européens se font des soucis par rapport à l'impact croissant des médicaments sur leur budget de santé. On remarque que la volonté des Etats membres d'y faire quelque-chose dans un contexte européen augmente également. Ce constat est encore ressorti la semaine dernière lors de la réunion des ministres européens de la Santé publique, où le dossier était de nouveau sur la table. La Commission européenne et le Parlement européen veulent aussi faire avancer ce dossier.

2019 arrive à sa fin. Il sera bientôt temps de formuler les bonnes résolutions pour 2020. Toutes les parties en Europe qui sont impliquées dans le dossier des médicaments peuvent déjà noter cette bonne résolution sur leur liste : évoluons vers un cadre réglementaire européen qui garantit l'accès à de nouveaux médicaments et qui concilie les intérêts du patient, de l'assurance maladie et de l'industrie pharmaceutique.

Evelyn Macken & Claire Huyghebaert,
Expertes Médicaments aux Mutualités Libres

 

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