La pandémie a ébranlé notre société et poussé nombre d’entre nous dans leurs derniers retranchements. Même si de nouveaux variants surgissent aujourd'hui, la situation se décante progressivement et l'heure est à l'analyse. Les enseignements à tirer de cette crise sont nombreux en termes de politique de santé. Dans ce contexte, les mutualités ont joué un rôle majeur pendant cette période chahutée et ont montré qu'elles pouvaient s'adapter rapidement.

Cette crise a constitué une épreuve sans précédent pour notre système de soins de santé. Il a tremblé mais n’a pas sombré. La pandémie a néanmoins révélé ses faiblesses de manière inexorable. La fragmentation des compétences a fait obstacle à une approche cohérente et efficace de la pandémie. Tout le monde est d'accord pour dire que cela doit changer. Beaucoup d'encre coulera encore quant à la manière de procéder. Des commissions ont été mises en place tant au Parlement fédéral que dans les entités fédérées et les citoyens pourront également donner leur avis dans les mois à venir.

Une nouvelle réforme de l'État ne doit pas devenir un nouveau compromis politique, comme ce fût le cas pour la sixième réforme de l'État. Les réformes futures doivent s’articuler autour d'une vision claire, étayée d’objectifs concrets en matière de (soins de) santé, qui octroient la place centrale aux patients et à la santé publique. La répartition des compétences n’est pas le seul point à améliorer. C’est le cas aussi de la collaboration entre les différents niveaux politiques, avec un rôle important de coordination pour les autorités fédérales. Espérons que les discussions sur ce thème resteront sereines et objectives dans les mois à venir.

Rôle clé

Tous les acteurs de notre système de soins de santé ont dû se réinventer (en partie). Les circonstances exceptionnelles ont également obligé les mutualités à s'adapter rapidement. Elles ont pu démontrer qu'elles étaient des opérateurs efficaces, en mettant en œuvre et intégrant tous les changements législatifs nécessaires sans négliger leurs obligations envers leurs affiliés et les prestataires de soins.

Dès le début, il a fallu réagir rapidement. Les mutualités ont ainsi joué un rôle essentiel dans le développement et l’implémentation des nouveaux codes de nomenclature pour le remboursement de la télémédecine et des équipements de protection. Il a fallu repenser complètement l’interaction avec les affiliés, surtout lorsque les agences ont dû être fermées. L'utilisation de vidéoconférences a ainsi été lancée. Cette initiative a été largement appréciée et sera encore utilisée à l'avenir. Pour le suivi de l'incapacité de travail, nous sommes également passés aux téléconsultations, qui ont apporté une réelle valeur ajoutée dans le traitement de certaines pathologies. Cette méthode de travail peut aussi faciliter la vie des membres en dehors du contexte de pandémie.

Les mutualités ont ensuite apporté une contribution fondamentale dans le cadre de la vaccination. En collaboration avec l'Agence Intermutualiste, elles ont permis d’identifier 1,2 million de personnes comme prioritaires. Tous les canaux d'information ont, en outre, été utilisés pour informer et sensibiliser le public. La prévention et la promotion de la santé font en effet partie des missions essentielles des mutuelles.

Le suivi des contacts s'est enfin avéré un immense défi : il a fallu mobiliser 2.000 personnes en quelques semaines, mettre en place un call center et mobiliser des agents de terrain. Dans les trois régions, ce sont donc les mutualités qui ont lancé ce projet. Si les débuts ont été quelque peu difficiles en raison du peu de temps de préparation disponible, la plateforme informatique fédérale a pu faire ses preuves et le système a prouvé son efficacité.

Besoins

En raison de la priorité accordée à la gestion de la pandémie, plusieurs projets cruciaux ont été pratiquement mis à l’arrêt. Notamment la réforme du financement des hôpitaux et celle de la nomenclature. Il faut maintenant les relancer. La crise sanitaire a par ailleurs entraîné le report de traitements et de dépistages, et là aussi le retard est en train de s’amenuiser.

La pandémie nous met enfin face à des défis supplémentaires. Les experts mettent en garde contre un "tsunami" de troubles mentaux dans les années à venir. Une fois encore, notre système de soins de santé devra intervenir rapidement pour formuler les bonnes solutions. Une attention particulière devra être accordée à la santé psychique des jeunes, un groupe particulièrement touché pendant la pandémie.

Je réalise à quel point cette période a été difficile et exceptionnelle pour nous, en tant qu’êtres humains, en tant que société et en tant que mutualité. Nous devrions nous estimer heureux de pouvoir compter sur une protection sociale forte en temps de crise. Il est donc primordial que nous continuions à investir dans ce domaine et que nous menions les réformes nécessaires pour renforcer notre politique en matière de soins de santé. A nous de tirer les leçons des expériences de l'année écoulée ; les citoyens n’en attendent pas moins. Et à juste titre.

 

Xavier Brenez   
Directeur général
Union Nationale des Mutualités Libres