28/04/2021

Une personne âgée de plus de 75 ans a de fortes chances que son armoire à pharmacie regorge de médicaments. En effet, 4 personnes de plus de 75 ans sur 10 semblent utiliser au moins 5 médicaments à long terme. C'est ce que révèlent les chiffres des Mutualités Libres. Ces chiffres montrent également que plusieurs médecins et pharmaciens sont impliqués dans la prescription et la délivrance de médicaments à un même patient. Il s’agit parfois de médicaments non recommandés aux personnes âgées. Les Mutualités Libres encouragent une meilleure collaboration entre les médecins, les pharmaciens et les patients afin d'affiner l'utilisation des médicaments.

La dernière étude des Mutualités Libres porte sur la consommation de médicaments à long terme chez les personnes âgées de 75 ans et plus vivant à domicile. Parmi les 100.000 membres pris en compte dans l'analyse, 4 sur 10 prenaient au moins cinq médicaments remboursés à long terme. La quasi-totalité d'entre eux prenaient des médicaments contre les maladies cardiovasculaires, comme des réducteurs de cholestérol ou de tension artérielle. Des médicaments dans le cadre du traitement du diabète ou de la dépression sont également souvent prescrits chez environ un quart des personnes. A noter aussi que les personnes âgées souffrent plus souvent d'une ou plusieurs maladies chroniques. Cela explique la forte consommation de médicaments dans ce groupe.

Des médicaments inappropriés ?

L’usage multiple de médicaments peut évidemment poser problème. L’effet de certains médicaments peut être soit accentué soit annulé. De plus, les personnes âgées sont extrêmement sensibles aux effets nocifs des médicaments, notamment parce que leurs reins fonctionnent moins efficacement. Les Mutualités Libres se sont donc penchées sur les médicaments encore prescrits et délivrés aux membres âgés, alors même que les critères internationaux indiquent qu'il faut l'éviter. Parmi les plus de 75 ans qui prennent au moins cinq médicaments remboursés sur une longue période, près d’1 sur 2 a déjà pris un médicament repris dans les critères de Beers et un sur 5 de manière régulière. Il s’agit d’une liste de médicaments déconseillés aux personnes âgées de plus de 65 ans. Naturellement, la situation personnelle ainsi que la situation clinique d'un patient jouent également un rôle lorsqu’il faut déterminer la pertinence de prescrire ou pas un certain médicament. Une évaluation critique de l'utilisation des médicaments par les médecins et les pharmaciens concernés est donc cruciale.

Interaction entre les médecins et les pharmaciens...

Nous constatons que chez 2 personnes sur 5, au moins 3 médecins sont impliqués dans la prescription de médicaments. Pour 1 personne sur 5, il s’agit même de 4 médecins au minimum. Il n'est d’ailleurs pas rare qu’il soit question de plusieurs médecins généralistes.

Heureusement, il existe des outils qui aident les médecins dans leur traitement, comme le dossier médical global (DMG). Celui-ci permet notamment aux médecins de partager des données concernant l'utilisation des médicaments d'un patient. Près de 85 % des personnes âgées qui utilisent au moins 5 médicaments de longue durée disposent de ce type de dossier.

Les pharmaciens peuvent également partager des informations entre eux, à l’aide du dossier pharmaceutique partagé. Mais depuis 2017, les patients peuvent également choisir un pharmacien de référence pour suivre leur usage des médicaments. Ce pharmacien examine attentivement la consommation de médicaments de ces patients et tient un schéma de tous les médicaments qu'ils prennent. Toutefois, seuls 30 % des plus de 75 ans étudiés en ont fait usage.

... et les patients

Des expériences à l'étranger montrent qu'une coopération approfondie entre médecins et pharmaciens pour accompagner l'utilisation des médicaments permet d'améliorer les soins et de réduire les coûts. C’est pourquoi les Mutualités Libres plaident pour une évaluation systématique de l’utilisation des médicaments via une collaboration entre médecins et pharmaciens, selon un protocole établi. L'efficacité, la sécurité et la rentabilité doivent être au cœur de cette démarche. Un partage plus étendu des informations digitales doit briser les frontières des groupes professionnels. De plus, le patient doit être activement impliqué afin de comprendre l’objectif du traitement et les raisons pour lesquelles il va prendre ou arrêter de prendre tel ou tel médicament.

Plus d'infos 

Expert disponible

Güngör Karakaya, Représentation et Etudes Mutualités Libres, güngör.karakaya@mloz.be